A propos de la description réaliste

 Par OMARI Abdellatif  (Prof)  [msg envoyés : 176le 06-03-12 à 18:27  Lu :41546 fois
     
  
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OMARI Abdellatif (Prof)


A propos de la description réaliste


Tout projet pédagogique qui ne prend pas systématiquement en considération, et dès sa première séquence ou ses premières séances, le volet esthétique de l'oeuvre étudiée est un projet bâclé. Il ne suffit pas de transmettre théoriquement les caractéristiques générales de l'autobiographie, du conte philosophique, du récit fantastique ou celles de la description réaliste, par exemple – ce volet théorique peut faire l'objet d'une séquence notionnelle comme assise - mais il faut que ces caractéristiques soient relevées de l'écriture elle-même. On a beau dire à l'élève que Maupassant et Balzac sont des auteurs réalistes, que dans La Ficelle et Le Père Goriot, l'écriture est réaliste, mais sans montrer à l'élève les traits distinctifs de cette esthétique réaliste à partir de l'oeuvre elle-même, l'enseignement ne serait que mensonge et sans presque utilité aucune. Nous ne transmettons pas uniquement un contenu, mais aussi et surtout une forme, et c'est en ce sens que même l'intitulé du projet général doit intégrer dans sa formulation et le côté esthétique et le côté thématique (ex: La description réaliste au service de l'élément psychologique). Nous allons essayer dans cette modeste leçon de recenser les caractéristiques de la description réaliste en général et celles de la description réaliste chez Balzac en particulier, illustrées d'exemples tirées particulièrement de La Ficelle et de la première partie descriptive du Père Goriot:


I-Les caractéristiques de la description réaliste

La description dite «réaliste» exploite la plupart des moyens utilisés dans tout énoncé descriptif, aux niveaux lexical, syntaxique et stylistique, mais comme cette description se veut plus précise, plus détaillée et plus objective, elle se caractérise par les traits suivants:

1- Vocabulaire neutre et classifiant dominant

a-adjectifs qualificatifs épithètes

Une description qui se veut objective se voit dominée par l'adjectif épithète et non par l'adjectif attribut. L'adjectif épithète, quand il n'est pas métaphorique, impute à l'objet décrit une propriété qui lui est inhérent, et ce n'est plus le locuteur qui la lui attribue. D'emblée, le début de l'incipit de La Ficelle se voit dominé par l'adjectif qualificatif épithète («Tranquilles, longues, torses, rudes, gauche, solide, lentes, pénibles, bleue, petit, blanc, osseux déformées, empesée, brillante, vernie, ornée, gonflée»).

b- adjectifs de couleur

Les adjectifs de couleur se constituent les plus classifiants et les plus neutres quand ils ne sont pas employés métaphoriquement. La description réaliste en use abondamment (voir la description de l'espace de la pension Vauquer, par exemple, dans Le Père Goriot).

c-Jargontechnique appartenant à des branches scientifiques telles l'architecture, la géométrie, la topographie, la toponymie, l'archéologie, etc (voir la description de l'espace ou la description du portrait physique des personnages chez Balzac).

2- Précision et minutie

La description réaliste est précise et détaillée. Le narrateur donne de l'importance à tous les détails, même aux détails inutiles et insignifiants, mais qui produisent un effet de réel et affectent la fiction d'un coefficient de crédibilité et de vraisemblance, ils sont là pour «faire vrai». La description réaliste chez Balzac ne s'étale sur plusieurs pages qu'à cause de ces détails qui foisonnent. D'autres procédés contribuent également à la précision ou à l'amplificationde cette description:

a-Multiplication des propriétés

Le narrateur confère à tel décor, à tel objet, à tel portrait, consistance et épaisseur en multipliant ses propriétés (forme, volume, couleur, matière, chiffre, unité de mesure …): « ruisseaux noirs, main blanche, tons jaunes, couleurs brunes, couleur jaune, cadre de bronze, vases de faïence bleue et blanche, peinte en marbre vert, marbre de Sainte-Anne, marches en bois, cabaret en porcelaine blanche, assiettes en porcelaine épaisse, un pôle vert, barreaux en fer, table ronde peinte en vert, large d'une toise, large d'environ vingt pieds, tombe à angle droit, coupée dans sa profondeur, un carré d'artichauts, leurs lignes…», Le Père Goriot.

b- Les figures syntaxiques de l'énumération et de l'accumulation

Les figures de syntaxe, l'énumération et de l'accumulation, contribuent à l'amplification. Par l'accumulation, le narrateur accumule plusieurs propriétés pour caractériser une chose («leur blouse bleue, empesée, brillante, comme vernie, ornée au col et aux poignets d'un petit dessin de fil blanc, gonflée autour de leur torse osseux, semblait un ballon prêt à s'envoler, d'où sortaient une tête, deux bras et deux pieds», La Ficelle; «ce mobilier est vieux, crevassé, pourri, tremblant, rongé, manchot, borgne, invalide, expirant», Le Père Goriot ). Par l'énumération, le narrateur énumère plusieurs choses différentes à la fois («la vaste cour était pleine de véhicules de toute race, charrettes, cabriolets, chars à banc, tilburys, carrioles», La Ficelle; «elle sent le renfermé, le moisi, le rance; elle donne froid, elle est humide au nez, elle pénètre les vêtements; elle pue le service, l'office, l'hospice», Le Père Goriot

Dans la description réaliste, les figures de style s'approchent plus dans leurs images de la réalité: «La rue Neuve-Sainte-Geneviève surtout est comme un cadre de bronze, le seul qui convienne à ce récit, auquel on ne saurait trop préparer l'intelligence par des couleurs brunes, par des idées graves; ainsi que, de marche en marche, le jour diminue et le chant du conducteur se creuse, alors que le voyageur descend aux Catacombes. Comparaison vraie!...».

3- La description réaliste a une fonction d'attestation (mimésique)

Prétendant poser le monde comme quasi réel, la description réaliste recourtà :

a- Des références historiquesou donnant l'illusion de l'histoire:

- Indications temporelles (dates, jours, mois, années). Ainsi, dans La Ficelle, le mardi, c'est bien le jour de marché à Goderville au 19ème siècle (il l'est toujours à ma connaissance). Dans Le Père Goriot, pour donner l'illusion de la réalité, le narrateur commence son histoire en disant «Néanmoins, en 1919, époque à laquelle ce drame commence…» et conclue sa description par la phrase suivante:«Telle était la situation générale de la pension bourgeoise à la fin du mois de novembre en 1819». Parlant du père Goriot, le narrateur dit:«Le père Goriot, vieillard de soixante-neuf ans environ, s'était retiré chez madame Vauquer, en 1813…).

-Evocation d'événements qui ont eu lieu dans la réalité

«Sous le socle, cette inscription à demi effacée rappelle le temps auquel remonte cet ornement par l'enthousiasme dont il témoigne pour voltaire, rentré dans Paris en1777…», Le Père Goriot

-Noms de lieux, de rues, de quartiers appartenant à un espace réel (topographie, toponymie). Goderville, Bréauté, Manneville, ect, sont bel et bien des villages réels qui se trouvent en Normandie, au Nord-Ouest de la France, La Ficelle. Montmartre, Montrouge, La rue Neuve-Sainte-Geneviève, la rue de l'Arbalète, par exemple, sont bel et bien des espaces qui se trouvent à Paris, Le Père Goriot.

-Peinture des réalités socio-économiques, des modes de vie, des moeurs… de l'époque (traditions, habitudes, coutumes, rites, couleurs locales, monuments, tableaux, gravures, dessins, objets, croyances d'une classe, d'un groupe, d'une région, d'un pays).

b-L'action est de tous les jours, appartenant à la réalité sociale de l'époque. L'action du jour du marché hebdomadaire, par exemple, est une action réelle et qui se répète dans l'espace campagnard Normand au 19ème siècle.L'action du drame de l'amour-passion à l'égard de ses enfants, et les conséquences néfastes qui en découlent, est une action de tous les temps.

c-L'illusion des personnages exemplaires, emblèmes. Par leur onomastique (noms), leurs habits, leur comportement, leur langage, leur caractère, leurs passions, les personnages appartiennent à la réalité quotidienne de l'époque. Les paysans, dans La Ficelle , sont bien des personnages réels, avec leurs vêtements propres à la région au 19ème siècle: une blouse bleue, une culotte et un chapeau pour les hommes; un châle, un linge blanc et un bonnet pour les femmes; avec leur langage dont le lexique et la syntaxe sont ceux des paysans, avec leur caractère propre à la région ( économes, sceptiques, susceptibles à la rumeur, au commérage, à la rancune, à la ruse, voire au mensonge…), avec leur manière de se comporter, de marchander, de s'habiller, de parler en criant , de médire… Chez les réalistes, particulièrement chez Balzac, chaque personnage est un prototype qui représente un caractère existant dans la réalité. Les Vauquer, les Vautrin, les Poiret, les Goriot, les Michonneau, les Rastignac, les Grandet, les Eugénie, les Hauchecorne, etc, existent bel et bien, et le lecteur ne peut nier leur appartenance à des classes ou à des couches sociales.

d-Le présent à valeur de contestation donnant l'illusion de la réalité (voir la description de la pension Vauquer dans Le Père Goriot). Dès le début du roman, le narrateur semble exclure au temps du présent toute valeur historique pour lui imputer des valeurs donnant l'illusion de la réalité; le présent à valeur d'actualité, ponctuelle ou dilatée qui donne l'illusion que la pension bourgeoise et son propriétaire existent toujours au moment même de l'écriture: «Madame Vauquer, née de Conflans, est une vieille femme qui, depuis quarante ans, tient à Paris une pension bourgeoise établie rue Neuve-Sainte-Geneviève…». A côté de ce présent, simulant la valeur d'actualité, se côtoie un autre présent à valeur de caractérisation servant à décrire une propriété conférée à un être, une notion ou une chose, pour une durée indéterminée, et simulant que la caractéristique imputée à l'entité appartient à la réalité et non plus à la fiction: «…deux monuments qui changent les conditions de l'atmosphère en y jetant des tons jaunes, en y assombrissant tout par les teintes sévères que projettent leurs coupoles»; «Âgée d'environ cinquante ans, madame Vauquer ressemble à toutes les femmes qui ont eu des malheurs»; «Nul quartier de Paris n'est plus horrible, ni, disons-le, plus inconnu. La rue Neuve-Sainte-Geneviève surtout est comme un cadre de bronze…», etc.

L'incipit d'Eugénie Grandet commence d'emblée par une série de verbes au présent à valeur de caractérisation:«Il se trouve dans certaines villes de province des maisons dont la vue inspire une mélancolie égale à celle que provoquent les cloîtres les plus sombres, les landes les plus ternes ou les ruines les plus tristes…».

e- La fiction du visiteur

« Un Parisien égaré ne verrait là que des pensions bourgeoises ou des Institutions, de la misère ou de l'ennui, de la vieillesse qui meurt, de la joyeuse jeunesse contrainte à travailler», Le Père Goriot

«Peut-être y a-t-il à la fois dans ces maisons et le silence du cloître et l'aridité des landes et les ossements des ruines: la vie et le mouvement y sont si tranquilles qu'un étranger les croirait inhabitées…», début de l'incipit d'Eugénie Grandet.

f-ordre logique dans la description

Généralement la description réaliste suit l'ordre logique qui va du général au particulier (voir la description de la pension Vauquer dans Le Père Goriot).

Toutes ces caractéristiques, nous les trouvons bel et bien illustrées ne se laisse que dans les premières pages du Père Goriot (difficile de délimiter l'incipit chez Balzac): «Madame Vauquer, née de Conflans….elle va tomber en pourriture».


Remarque: La description réaliste peut pousser jusqu'au naturalisme lorsque le narrateur peint également le côté bestial de l'homme, c'est-à-dire évoquer ses actes les plus naturels, (dans La Ficelle, Maître Hauchecorne ramasse un morceau de ficelle dans la crotte; les paysans dégagent une odeur bestiale; pendant le déjeuner, dans l'auberge de Maître Jourdain, les paysans mangent comme des bêtes, la salive leur mouille la bouche).


II- Les particularités du réalisme chez Balzac

En plus de la présence des précédentes caractéristiques, la description réaliste chez Balzac se caractérise également par les particularités suivantes:

1-Le retour des personnages (ce qui fait de l'oeuvre de Balzac un ensemble organique et donne l'illusion du réel). L'idée, chez Balzac, de penser à relier ses personnages pour en former une société complète en évolution a vu le jour avec Le Père Goriot dans lequel nous voyons reparaître vingt-trois personnages présentés dans des romans antérieurs. Rastignac, par exemple, est très reparaissant dans La Comédie humaine, nous le retrouvons dans vingt-six romans.

2- L'exploitation de certaines théories scientifiques

Certaines théories scientifiques en vogue à l'époque et exploitées par l'auteur servent ce côté de son réalisme qui recoupe le monde extérieur et le monde intérieur.

-La physiognomonie de Lavater, selon laquelle le portrait physique est le reflet du portrait moral:

«Ses yeux ridés, dont l'expression passe du sourire prescrit aux danseuses à l'amer renfrognement de l'escompteur»(à propos de Madame Vauquer).

«Âgée d'environ cinquante ans, madame Vauquer ressemble à toutes les femmes qui ont eu des malheurs. Elle a l'oeil vitreux, l'air innocent d'une entremetteuse qui va se gendarmer prête à tout pour adoucir son sort, à livrer Georges ou Pichegru, si Georges ou Pichegru étaient encore à livrer»

«Des constitutions qui avaient résisté aux tempêtes de la vie»; «Les bouches flétries étaient armées de dents avides»(à propos des pensionnaires).

«Ces pensionnaires faisaient pressentir des drames accomplis ou en action; non pas de ces drames joués à la lueur des rampes, entre des toiles peintes, mais des drames vivants et muets, des drames glacés qui remuaient chaudement le coeur, des drames continus»

«Quoique le jeu des passions eût ravagé sa figure, il s'y trouvait encore certains vestiges d'une blancheur et d'une finesse dans le tissu qui permettaient de supposer que le corps conservait quelques restes de beauté» (à propos de la demoiselle Michonneau).

«Monsieur Poiret était une espèce de mécanique».

«Sa physionomie roussâtre, ses cheveux d'un blond fauve, sa taille trop mince, exprimaient cette grâce que les poètes modernes trouvaient aux statuettes du Moyen Age. Ses yeux gris mélangés de noir exprimaient une douceur, une résignation chrétienne. Ses vêtements simples, peu coûteux, trahissaient des formes jeunes. Elle était jolie par juxtaposition. Heureuse, elle eût été ravissante» (à propos de Victorine).

«Sa tournure, ses manières, sa pose habituelle dénotaient le fils d'une famille noble, où l'éducation première n'avait comporté que des traditions de bon goût» (à propos de Rastignac).

«Sa figure, rayée par des rides prématurées, offrait des signes de dureté que démentaient ses manières souples et liantes»; «tant, malgré son air bonhomme, il imprimait de crainte par un certain regard profond et plein de résolution. A la manière dont il lançait un jet de salive, il annonçait un sang-froid imperturbable qui ne devait pas le faire reculer devant un crime pour sortir d'une position équivoque. Comme un juge sévère, son oeil semblait aller au fond de toutes les questions, de toutes les consciences, de tous les sentiments» (à propos de Vautrin».

«D'ailleurs son mollet charnu, saillant, pronostiquait, autant que son long nez carré, des qualités morales auxquelles paraissait tenir la veuve, et que confirmait la face lunaire et naïvement niaise du bonhomme», «avait quelque chose de jeune dans le sourire», «Ses yeux bleus si vivaces prirent des teintes ternes et gris-de-fer, ils avaient pali, ne larmoyaient plus, et leur bordure rouge semblait pleurer du sang» (à propos de Goriot).

-La théorie du milieu de Geoffroy Saint Hilaire, d'après laquelle il y a une influence réciproque entre l'espace et les êtres.

Le réalisme chez Balzac n'est pas uniquement extérieur, il est aussi et surtout psychologique. La description chez Balzac est souvent au service de l'élément psychologique. Le décor est fréquemment l'indice du personnage qui a façonné en lui son empreinte. Il peut souligner à quel point tout espace porte l'empreinte de modes de vie, de codes et de valeurs de ceux qui l'habitent. Ainsi, décrire des meubles, des objets, c'est une façon de décrire des personnages, la description, établissant un rapport lieu / personnage, permet souvent une caractérisation indirecte du personnage, de son caractère et de son milieu, selon un rapport métonymique et métaphorique. La fonction de la description est, ici, dite «explicative». Mais la description d'un décor, d'un portrait, d'un objet devient également porteuse de choix esthétiques et de jugements axiologiques et idéologiques de l'auteur (thèse ou théorie). Le jugement axiologique sur les personnages passe souvent par l'évocation, méliorative ou péjorative, de leur habitat. La description peut renvoyer à une passion particulière de l'auteur, à un goût, à une tendance. La pratique descriptive peut aussi relever d'une conviction propre à l'auteur. La fonction de la description est, ici, dite «symbolique». Mais dans les deux cas (explicative ou symbolique), la description se double de la fonction dite «sémiosique» ou «herméneutique». Ainsi en est-il dans le passage suivantoù se recoupent fonction explicative et fonction symbolique:

«Cette première pièce exhale une odeur sans nom dans la langue, et qu'il faudrait appeler l'odeur de pension. Elle sent le renfermé, le moisi, le rance; elle donne froid, elle est humide au nez, elle pénètre les vêtements ; elle a le goût d'une salle où l'on a dîné ; elle pue le service, l'office, l'hospice (….). Pour expliquer combien ce mobilier est vieux, crevassé, pourri, tremblant, rongé, manchot, borgne, invalide, expirant, il faudrait en faire une description qui retarderait trop l'intérêt de cette histoire (…).

Cette pièce est dans tout son lustre au moment où, vers sept heures du matin, le chat de madame Vauquer précède sa maîtresse ; saute sur les buffets, y flaire le lait que contiennent plusieurs jattes couvertes d'assiettes, et fait entendre son rourou matinal. Bientôt la veuve se montre, attifée de son bonnet de tulle sous lequel pend un tour de faux cheveux mal mis, elle marche en traînassant ses pantoufles grimacées. Sa face vieillotte, grassouillette, du milieu de laquelle sort un nez à bec de perroquet, ses petites mains potelées, sa personne dodue comme un rat d'église, son corsage trop plein et qui flotte, sont en harmonie avec cette salle où suinte le malheur, où s'est blottie la spéculation, et dont madame Vauquer respire l'air chaudement fétide sans en être écoeurée. Sa figure fraîche comme une première gelée d'automne, ses yeux ridés, dont l'expression passe du sourire prescrit aux danseuses à l'amer renfrognement de l'escompteur, enfin toute sa personne explique la pension, comme la pension implique sa personne. Le bagne ne va pas sans l'argousin, vous n'imagineriez pas l'un sans l'autre.Son jupon de laine tricotée, qui dépasse sa première jupe faite avec une vieille robe, et dont la ouate s'échappe par les fentes de l'étoffe lézardée, résume le salon, la salle à manger, le jardinet, annonce la cuisine et fait pressentir les pensionnaires», H.De Balzac, Le Père Goriot

Dans cet énoncé, nous remarquons que la description, non seulement établit un rapport entre le lieu (la pension) et le personnage (Madame Vauquer), à savoir l'impact de l'espace sur la personne et l'empreinte que porte cet espace des modes de vie et des valeurs de cette personne , mais pose également la thèse d'un déterminisme de l'individu par le milieu géographique, familial et social, ce qui montre que la description sert à prouver la validité des théories de l'auteur: «Aussi le spectacle désolant que présentait l'intérieur de cette maison se répétait-il dans le costume de ses habitués, également délabrés».


-La phrénologie de Gall, selon laquelle la morphologie du crâne refléterait certains traits de caractère et que les déformations à la surface du crâne sont dues à la pression des organes du cerveau liés à telle ou telle faculté mentale:

«Elle avait une tête énorme, le front masculin mais délicat du Jupiter de Phidias»; «Eugénie, grande et forte, n'avait rien donc du joli qui plaît aux masses, mais elle était belle de cette beauté si facile à méconnaître, et dont s'éprennent seulement les artistes. Le peintre qui cherche ici-bas un type à la céleste pureté de Marie (….); Ce peintre, amoureux d'un si rare modèle, eût trouvé tout à coup dans le visage d'Eugénie la noblesse innée qui s'ignore; il eût vu sous un front calme un monde d'amour (…). Ses traits, les contours de sa tête que l'expression du plaisir n'avait jamais ni altérés ni fatigués, ressemblaient aux lignes d'horizon si doucement tranchées dans le lointain des lacs tranquilles», Eugénie Grandet

-La théorie des Espèces sociales comme semblables aux Espèces Zoologiques de Cuvier, selon laquelle l'animal végète en l'homme et en lui végète le loup, l'âne, le corbeau, le requin, la brebis, le tigre, le boa, etc.

Le Père Goriot foisonne d'exemples de cette théorie:

«Sa face vieillotte, grassouillette, du milieu de laquelle sort un nez à bec de perroquet, ses petites mains potelées, sa personne dodue comme un rat…» (à propos de Madame Vauquer).

«Enfin madame Vauquer avait bien vu, de son oeil de pie…».

«Elle avait la voix clairette d'une cigale criant dans son buisson aux approches de l'hiver» (à propos de la demoiselle Michonneau).

«Cet homme semblait avoir été l'un de ces ânes de notre grand moulin social, l'un de ces Ratons parisiens qui ne connaissent même pas leurs Bertrands»; «sa cravate cordée autour de son cou de dindon» (à propos de Monsieur Poiret). Rappelons que dans la fable de La Fontaine Le singe et le chat, Raton c'est le chat, Bertrand c'est le singe.

«Victorine faisait entendre de douces paroles, semblables au chant du ramier blessé, dont le cri de douleur exprime encore l'amour».

«Ses cheveux en ailes de pigeon…» (à propos du père Goriot).

«Financièrement parlant, monsieur Grandet tenait du tigre et du boa…», Eugénie Grandet

3 -La conception de ce que Balzac appelle«l'idée fixe» ou les forces puissantes destructrices:Les passions (passion de l'argent, de l'amour, de l'ambition, de la science…, passions qui brûlent et ravagent):

«Quel acide avait dépouillé cette créature de ses formes féminines? Elle devait avoir été jolie et bien faite : était-ce le vice, le chagrin, la cupidité ? Avait-elle trop aimé, avait-elle été marchande à la toilette, ou seulement courtisane? Expiait-elle les triomphes d'une jeunesse insolente au-devant de laquelle s'étaient rués les plaisirs par une vieillesse que fuyaient les passants ?», «Quoique le jeu des passions eût ravagé sa figure…» (à propos de la demoiselle Michonneau).

«Quel travail avait pu le ratatiner ainsi ? Quelle passion avait bistré sa face bulbeuse, qui, dessinée en caricature, aurait paru hors du vrai ? (à propos de Poiret).

«Ce devait être une bête solidement bâtie, capable de dépenser tout son esprit en sentiment» (à propos de Goriot).


  



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 Réponse N°1 18281

re
  Par   brahim el harfi  (Profle 06-03-12 à 22:19



merci cher collègue et ami OMari pour le partage

cher collègue Dkhissi Abdellah, notre ami Omari a fait un travail louable et méritoire. il mérite donc nos remerciements avant tout propos. j'ai adopté sa démarche avec une classe de TC et j'ai trouvé l'expérience riche et productive. évidemment, il faut adapter ce contenu en fonction du public, et choisir ce qui serait susceptible de motiver les apprenants

Cordialement





 Réponse N°2 18306

Monsieur Baino Boubker
  Par   OMARI Abdellatif  (Profle 07-03-12 à 20:58



Vos remerciements, cher collègue, me touchent. A mon tour je vous remercie de vos remarques si pertinentes et d’avoir vu juste qu’il s’agit simplement d’un échange qui peut inspirer et qu’effectivement il n'est pas demandé à tous de tout relever. Bon courage.

Cordialement

OMARI





 Réponse N°3 19418

Très bon travail
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 04-04-12 à 23:14



Très bon travail M. OMARI Abdellatif,

Les questions théoriques sont elles aussi fort importantes au niveau de la formation continue des enseignants.

Merci pour le partage.





 Réponse N°4 19462

Sincères remerciements
  Par   OMARI Abdellatif  (Profle 05-04-12 à 19:25



Vos appréciations, cher ami et collègue M. Idoubiya Rachid, me vont droit au cœur et sont

si encourageantes. Je vous félicite, cher Monsieur, pour votre lucidité et pour vos interventions clairvoyantes et raisonnées.

Très cordialement





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