à lire absolument

 Par jamal adib  (?)  [msg envoyés : 206le 23-06-10 à 15:23  Lu :1944 fois
     
  
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Un jour pas comme les autres
Mardi 22 juin 2010
L'heure annonça 17h. Je m'impatientais devant la lente ouverture du site du ministère de l'éducation pour voir le résultat du baccalauréat. En effet, cela fait pas mal de temps que je pensais à optimiser le débit de ma connexion, mais le temps pour aller à l'agence faisait défaut car je travaille ces derniers mois sur plus d'un front : étude universitaire, préparation avec les élèves, correction de copies, surveillance à l'examen... Soudain, une agitation inaccoutumée dans le quartier attira mon attention. Je risquai un œil à travers l'embrasure de ma fenêtre et j'ai vu trois lycéennes s'empresser d'ajuster leurs mises pour aller au lycée, je compris d'emblée que le résultat s'était déjà affiché. Mon mobile vibra aussitôt et voilà l'appel d'un ami qui me confirma l'affichage des résultats. J'abandonnai mon ordinateur à la hâte et je descendis l'escalier à destination du lycée. Une fois arrivé, il y avait foule d'élèves qui se bousculaient en tendant leurs cous pour lister les noms qui parsemaient un tableau noir qui trônait au-dessus du portail de l'établissement. Je me mis sur la pointe de mes pieds pour regarder au-dessus des têtes captivées par le tourbillon des listes de notes. Le tableau était devisé en deux parties, celle réservée aux recalés en prit la part du lion. J'étais complètement stupéfait de voir le fossé qui sépare les différentes mentions. Entre "très bien" et "passable", il n'y avait qu'une petite marge de la mention "assez bien". Un constat qui m'a profondément attristé. Un élève s'avisa de ma présence parmi les élèves, il était très furieux d'être recalé, il commença à attaquer le système éducatif en accusant les professeurs de flemmardise et de désengagement total et par la suite ce sont les élèves qui paient les pots cassés. Ne voulant pas intervenir pour corriger cette conception difforme chez cet élève vis-à-vis de la noble mission de l'enseignant, étant conscient de l'état de colère en proie duquel il était. Je me retirai de ce tumulte et pris un coin à l'écart et je commençai à observer le spectacle lycéen qui se déroulait devant moi. En effet, c'était une fête pour certains, une détresse pour d'autres: Il y avait des filles qui perdaient connaissance, des filles qui ameutaient les gens présents pour apporter des bouteilles d'eau dans une tentative de réanimer les filles évanouies, d'autres filles indifférentes aux malheurs des autres lançaient des youyous en guise de liesse, des jeunes qui grattaient les cartes de recharge pour activer leurs comptes afin de passer des coups de fil à leurs siens. Je me suis dit: "c'est une véritable aubaine pour les opérateurs de télécommunication!". Alors que je suivais ce spectacle paradoxal, une conversation téléphonique accapara toute mon attention. L'auteur de cet appel était en train de confirmer la réussite d'une élève qui n'avait pas daigné venir en personne car elle craignait un mauvais résultat. Je compris plus tard que c'était le cas d'une grande frange d'élèves qui recommandaient à leurs amis de les mettre au courant de leurs résultats via un message, mais la plupart de ces derniers se contentaient de transmettre seulement les résultats de réussite et rechignent à annoncer les mauvais résultats par peur d'être vues comme des messagers de mauvais augure.
Un ami passa près du lycée pour s'enquérir du résultat de son fils. Il m'a demandé de ne pas partir car il avait besoin de moi. Quelques minutes plus tard, il revint le visage radieux. Son fils était parmi les majorants de cette promotion. Il m'a prié de monter avec lui dans sa voiture de luxe parce que j'étais invité chez lui à une fête de famille à l'occasion du résultat éminent de son fils. Arrivé à sa maison, les préparatifs de la fête allaient bon train. Le seul sujet qui était le centre d'intérêt de cette soirée était le futur parcours estudiantin de son fils. Le père voulait que son fils accède aux classes préparatoires alors que le fils optait pour une autre école d'ingénierie. Le père exhorta son fils à bien suivre son conseil en lui annonçant que l'accès aux classes préparatoires était toujours un rêve pour lui. Le fils demanda plaisamment à son père de cesser de refaire sa vie à travers lui. Une remarque qui a déclenché un fou rire parmi les présents.
Le soir tombé, je rentrai chez moi. J'allumai mon ordinateur et j'ouvris une page WORD pour écrire le récit de cette journée exceptionnelle. Une fois sujet prêt, je consultai la page www.marocagreg.com pour déposer mon récit. Mais cette fois la page ne s'attarda pas à s'ouvrir. Un message de menara commençant par "Cher client…" m'a fortement abattu. Je compris que l'opérateur me récompensa de mes rares visites dans son agence. j'éteignis mon ordinateur et j'attendais jusqu'au jour suivant pour payer mes factures accumulées.
Prof Jamal

  



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 Réponse N°1 5195

Le discours narrativisé!
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 23-06-10 à 16:45

Salut cher Adib,

" il commença à attaquer le système éducatif en accusant les professeurs de flemmardise et de désengagement total et par la suite ce sont les élèves qui paient les pots cassés."

A chaque fois, je suis heureux de vous lire! Un enseignant compétent, c'est celui qui maîtrise la langue qu'il enseigne. Qui possède l'aisance de l'écriture. Qui nous donne du plaisir - le plaisir du texte bien écrit-, sans ennui, sans pédantisme!

Un enseignant pédant, n'est pas nécessairement celui même qui utilise des mots ou expressions recherchés, mais celui qui écrit pour ne rien dire, qui utilise les mots dépourvus de sens, des mots dont la vacuité témoigne du vide!

Vivre un événement et le partager témoigne d'une grande générosité: générosité d'esprit, générosité de caractère...

Donc, continue à écrire, cher littérateur, et je vous félicite pour votre spontanéité, monnaie rare aujourd'hui.

Cordialement cher ami.

Le mot a été inventé par l'Homme pour dire et se dire...




 Réponse N°2 5197

Une vision interne
  Par   chahid bahaa  (CSle 23-06-10 à 18:06

Bonjour ou bonsoir M. Adib,

C'est avec plaisir que j'ai lu votre quotidienne du 22/06/2010.

A travers votre texte, j'ai repensé à mon 22 juin 2010, un jour pas comme les autres.

Contrairement à vous, j'ai eu une vision interne des choses. A 16H30 et pendant que je prenait un verre de jus d'orange chez une collègue, mon portable sonna. C'était le directeur du lycée qui m'avisait qu'ils étaient en train de rédiger les tableaux des résultats. Il savait bien que je voulais assister à cette opération et connaître les résultats des élèves de tout le lycée avec qui j'avais passé trois extraordinaires années grâce à mon atelier de théâtre et de littérature. Arrivée au lycée et une fois devant les tableaux d'affichage à moitié pleins, je parcourais les colonnes des noms pour savoir et connaître qui a fait quoi, qui a eu une mention et qui a été recalé.Mes larmes de joie et de bonheur, pour ceux qui ont réussi, se sont mélangées à celles de tristesse, pour ceux qui ont échoué. La confusion était au rendez-vous!.Je voulais appeler ceux qui m'avaient confié leur numéro de portable mais je ne pouvais pas de peur de semer la panique et la zizanie devant le lycée. Autour de moi quelques collègues et le directeur passaient des appels pour annoncer la nouvelle aux parents.J'étais émotive mais je me ressaisie et demanda à avoir les listes pour contrôler et vérifier les tableaux avant leur sortie au public. Un nom changé, Nadim BENCHIKHI au lieu de Nadim ABIDI. Plusieurs noms mal orthographiés. Un numéro oublié...

A 17h , les tableaux d'affichages étaient devant le public. Des cris de joie mais aussi des pleurs étaient de mise. Ma collègue et moi avions décidé de nous mêler à la foule. Des youyous, des élèves nous embrassaient, d'autres pleuraient sur nos épaules, c'était un spectacle unique. Spontanément, je me suis mise à féliciter les uns , à consoler d'autres en leur donnant espoir dans la session du rattrapage. Deux heures plus tard, je me suis rappelée que je devais me rendre chez un collègue dont la fille a eu le bac. avec mention Bien. Une fois chez lui, la musique et la danse étaient au rendez-vous, on dirait une fête. Une fois chez moi , il était 22 h. Fatiguée et abattue après une journée "spécial bac juin 2010".

Amicalement à vous.





 Réponse N°3 5206

bonsoir
  Par   tourkia mohammed  (CSle 23-06-10 à 20:56

J'enseigne au lycée RHAMNA de benguérir,nos élèves ont eu de bonnes notes et j'ai partagé leur joie.S'ils ont eu des mentions,c'est grace aux efforts que les enseignants ont déployés durant toute l'année.L'année dernière,le lycée a ouvert ses portes,et malgré un retard de deux mois,les résultats de nos élèves à l'examen régional ont été positifs,surtout en français.Aujourd'hui ils ont eu leur bac et nous partageons leur joie.je remercie tout le monde.




 Réponse N°4 5216

Très touchant!
  Par   Samira Yassine  (CSle 24-06-10 à 00:58

Je vous remercie, chers collègues, de nous faire partager vos sentiments, vos émotions ; un grand témoignage de votre dévoument pour votre profession aussi bien que de votre amour pour vos élèves. Ce sont des moments auxquels je n'ai jamais pu assister pour éviter cette confusion de devoir partager le bonheur des uns et les malheurs des autres. C'est dur ! vous avez réussi à le faire , vous avez pu sécher les larmes des uns tout en partageant le rire de joie des autres. Bravo! Vous vous êtes sentis utiles en ce moment crucial de leur vie. J'envie notre collègue Bahaa qui a pu y assister. En fait j'ai été surprise de découvrir, à travers son écrit , que chahid Bahaa est une dame alors que je l'ai toujours prise pour un homme prénommé Chahid.

Cordialement.




 Réponse N°5 5222

RE
  Par   aftais said  (Profle 24-06-10 à 01:32

salut Mme Kerzazi!

moi aussi je n'ai jamais assisté (durant 20 ans de service!)à ces moments où jaillissent tant d'émotions tantôt heureuse, tantôt malheureuse. ce 22 juin 2010, j'ai préféré voyagé . tout cela date de années à la fac de fès quand j'étais étudiant. je me rappelle du sang qui suintait des vitres ou du reste de ces vitres cassées, des têtes cognées contre des barreaux de fer, des cris assourdissants, des évanouissements des filles... vraiment de la Tragédie !!!

d'ailleurs je suis sûr que la plupart des collègues ont vécu de telles scènes.

Mais de nos jours, il y a comme une sorte d'hypocrisie surtout du côté des parents; mais pourquoi s'attrister sur le mauvais résultat de son fils/ sa fille qu'il ne suit pas au cours de l'année? ici je parle de ces parents démissionnaires qui n'arrivent qu'après les résultats; hélas ce sont la grande majorité de la société.

Enfin, je salue le courage de notre collègue et je vous souhaite bonne nuit à tous ( il est déjà 00h32).




 Réponse N°6 5236

" ....... cesser de refaire sa vie à travers lui ."
  Par   bouhali mohammed  (Profle 24-06-10 à 11:11

Le père exhorta son fils à bien suivre son conseil en lui annonçant que l'accès aux classes préparatoires était toujours un rêve pour lui. Le fils demanda plaisamment à son père de cesser de refaire sa vie à travers lui."

Cher collègue je me permets de te tutoyer encore une . Plus que la description de cette mémorable journée des résultats que nous avons tous eu l'occasion de vivre plusieurs fois durant notre existence et que l'on continue à vivre à travers nos enfants, nos élèves, nos proches etc , c'est plutôt la réplique du fils majorant à son père qui m'a interpellé . Ne demande -t- on parfois trop à nos enfants? Ne les pousse-t-on pas à se surpasser en faisant fi de leurs propres désirs ? Est-ce pour satisfaire notre ego ou pour combler des frustrations enfouies?

Maintes fois je me suis posé ces questions surtout devant des remarques quasi similaires de mes propres enfants qui me reprochent toujours mon perfectionnisme et ma fougue pour l'excellence




 Réponse N°7 5237

Cher Bouhali
  Par   jamal adib  (CSle 24-06-10 à 11:28

Je vous remercie pour l'intérêt que vous accordez à mes écrits à travers vos commentaires. J'aime que vous me tutoyiez. Vous avez raison cher collègue. Vraiment, le père oublie que son fils est un être différent. A force d'être trop perfectionniste, on finit par tout gâcher.

Prof Jamal





 Réponse N°8 5251

remise en cause
  Par   chlouchi khadija  (CSle 24-06-10 à 23:39

j'ai lu avec beaucoup d'intéret les événements de ce fameux jour des résultats du Bac!je ne vous cache pas l'émotion profonde que ce récit a laissé en moi! je suis professeur de français depuis 20ans et je n'arrive toujours pas à oublier la grandeur d'un jour pareil! Ce fut un temps ou les études étaient notre raison de vivre,notre planche de secours et notre passion!On ne se permettait jamais de reprocher quoique ce soit à nos professeurs dont les paroles étaient divines! Cet élève qui se permettait de faire porter le chapeau aux professeurs devrait je crois commencer par se remettre en cause et se demander s'il avait vraiment travaillé régulièrement,préparé son Bac depuis le primaire car cet aboutissement ne peut etre que le travail d'une grande haleine!Certes,il existe des professeurs inconscients et partisans du moindre effort mais que cela ne soit pas une raison pour ne fournir aucun effort!Nous avons eu des professeurs sérieux et des professeurs incompétents,cela nous poussaient à travailler plus chez nouset à remédier à toutes les lacunes dont nous souffrions malgré l'inexistence de l'internet




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