La jalousie de Vénus :« Mon fils, dit-elle, en lui baisant les yeux,
La fille d'un mortel en veut à ma puissance.
Elle a juré de me chasser des lieux
Où l'on me rend obéissance
Et qui sait si son insolence
N'ira pas jusqu'au point de me vouloir ôter
Le rang que dans les cieux je pense mériter ?
Paphos n'est plus qu'un séjour importun
Des Grâces et des Ris la troupe m’abandonne ;
Tous les Amours, sans en excepter un,
S'en vont servir cette personne.
Si Psyché veut notre couronne,
Il faut la lui donner ; elle seule aussi bien
Fait en Grèce à présent votre office et le mien. […]
On pourrait lire, d’après le discours de Vénus, une plainte suscitée par la jalousie. Cette jalousie pourrait s’appliquer à Louis XIV. Elle porte sur la beauté physique d’une personne dans ce passage, comme elle peut porter sur la beauté architecturale d’un édifice.
Nous savons que Nicolas Fouquet, surintendant des Finance de Louis XIV, a construit le château de Vaux-le-Vicomte entre 1656 et 1661. Pour son édification, Fouquet fait appel à trois talentueux artistes : L’architecte Louis le Vaux, le jardinier ou le paysagiste André Le Nôtre et le peintre Charles Le Brun. Ce projet a coûté la démolition de trois villages. Ce château est devenu le siège des fêtes les plus prisées de la France, notamment celle du 17 août 1661 en l’honneur du roi Louis XIV. Cette fête précipita la disgrâce du surintendant des Finances. Le roi considère cette somptueuse fête comme un affront (aussi le motif de son attitude à l’égard de Mlle Louise de La Vallière, maîtresse du roi et le détournement de fonds).
Immédiatement après cet événement, Louis XIV entreprend l’innovation du château de Versailles à l’image du château de Vaux-le-Vicomte, avec quelques « personnalisations »(le symbole du Soleil). Ce roi réunit, comme par hasard, la même équipe d’artistes (Les trois créateurs du château de Vaux-le-Vicomte) et l’ingénieur des eaux François Francine. La superficie du château vaut le rasage de trois villages, la même que celui de Fouquet.
Nous pourrions dire que Louis XIV a compris le pouvoir de la propagande par le moyen de l’art. Pour cette raison, il devient le mécène des arts et des artistes.
N.B : Vénus (déesse) se sent rabaisser au statut d’être humain, comme le roi Soleil, qui se croit le représentant de Dieu sur terre, se sent inférieur par rapport au rayonnement de Nicolas Fouquet.
(Éventuelle piste de lecture pour ce passage)
Jean de La Fontaine, Les Amours de Psyché, édition, Livre de Poche, LGF, 1991, page 69.