Deux
Français sur trois travaillent sans plaisir, ont conclu des
sociologues au terme d'une étude publiée en début d'année. Bien
sûr, cela ne signifie pas que deux tiers de nos concitoyens
souffrent psychiquement au travail. Encore moins qu'ils vont faire
une dépression d'origine professionnelle, voire une tentative de
suicide sur leur lieu de travail. Mais cette enquête confirme,
chiffres à l'appui, le constat de nombreux médecins du travail : Ã
tous les niveaux hiérarchiques s'exprime une souffrance, liée
notamment au sentiment de dégradation de l'activité.
Menaces
sur l'emploi ; nécessité d'être performant en permanence ;
pressions de la hiérarchie qui évalue, vérifie l'adéquation des
individus au poste à l'aune de critères de plus en plus abstraits ;
contraintes de temps toujours plus sévères ; objectifs intenables ;
travail répétitif et vide de sens ; manque de reconnaissance ;
effondrement des collectifs… Les éléments entravant
l'épanouissement dans le travail ne manquent pas.
A
cela s'ajoute parfois une politique de gestion du personnel visant Ã
déstabiliser les salariés pour ne conserver que les plus
résistants.
Malgré
cela, c'est rarement du côté du contenu du travail et de son
organisation que l'on va chercher les causes de la souffrance
mentale. Au contraire, de la psychanalyse au management, en passant
par l'action syndicale et les salariés eux-mêmes, l'idéologie
dominante éloigne du travail. Ainsi les psychanalystes
considèrent-ils classiquement que le détour par le travail est un
prétexte pour fuir la famille et la petite enfance, les seules
vraies origines des désordres psychiques. S'agissant du management,
dès qu'un salarié rencontre des problèmes psychiques, c'est dans
la sphère privée que l'on tente de trouver des explications :
divorce, fragilité, et même désordres hormonaux dus à l'âge…
Les réactions syndicales ou des instances représentatives du
personnel sont souvent très influencées par la prédominance de la
question de l'emploi : le travail est d'autant moins critiquable
qu'on a la chance d'en avoir un. Avec un travail quasi intouchable,
les fausses pistes ne manquent pas : traque du hiérarchique pervers,
revendication pour un suivi médical individuel dans les services Ã
problèmes, stages de gestion du stress… Enfin, les patients
eux-mêmes tiennent à distance la question du travail, car ils
souhaitent avant toute chose pouvoir se réinsérer.
En Europe, le
stress est identifié depuis peu comme la deuxième cause de
problèmes de santé au travail. De fait, selon de récentes données
épidémiologiques, un travail sous fortes contraintes et sans marge
de manœuvre augmente le risque de dépression. Ces données révèlent
aussi que les catégories sociales défavorisées sont plus touchées
que les autres, dévoilant ainsi un véritable problème de santé
publique.
En
2000, l'enquête européenne sur les conditions de travail, menée
par la Fondation de Dublin, faisait apparaître le stress comme
deuxième cause de problèmes de santé liés au travail. Toujours
selon cette enquête, 9 % des travailleurs européens se disaient
victimes de harcèlement. Sur le terrain, les professionnels de santé
au travail sont eux-mêmes de plus en plus témoins de problèmes de
santé mentale. Une enquête réalisée récemment dans la région
Centre auprès des médecins du travail, à laquelle 65 % des
praticiens ont répondu, montre que 74 % d'entre eux ont été
confrontés à la question du suicide. Et selon ces derniers, 46 %
des salariés en souffrance affirment que leurs problèmes ont un
lien avec le travail.
Ces
problèmes demeurent néanmoins invisibles socialement. Ils ne sont
pas reconnus officiellement comme des maladies professionnelles. Il
existe pourtant des données épidémiologiques qui attestent le lien
entre travail et souffrance mentale, en particulier à partir des
modèles épidémiologiques de stress au travail validés dans la
littérature scientifique. Ainsi, le modèle de Karasek confirme le
caractère pathogène au plan psychique d'une pression psychologique
forte et d'une autonomie décisionnelle faible dans le travail. Il
associe le stress au travail à une augmentation significative du
risque de dépression, de détresse psychologique, d'épuisement
professionnel.
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I- Résumez en un paragraphe
organisé:
II- Débat :
Travailler plus
# Travailler moins