Vive le
pétrole cher
1§
La fin du pétrole n'est pas pour demain. Mais la fin du pétrole bon
marché est avérée. Le baril à trois cents dollars n'est plus un
mythe. Experts, banquiers, militants, militaires, planchent déjÃ
sur ce futur possible, pour ne pas dire proche.
2§ La difficulté
croissante à étancher la soif planétaire en pétrole est chaque
jour plus évidente. Le Nord pompe à tour de bras depuis près de
cent cinquante ans, et le Sud aspire logiquement à le rejoindre. La
consommation mondiale, les formidables tensions géopolitiques,
tirent le prix du baril vers le haut dans une spirale infernale.
Cette situation provoque des raisonnements en noir et blanc. Les
optimistes parient que la technologie, l'argent dégagé par un
pétrole cher, doperont l'exploration et la découverte de nouveaux
gisements. Les autres voient le compte à rebours déjà enclenché,
le monde consommant presque autant en vingt ans qu'il ne l'a fait
depuis la construction du premier derrick : technologie ou pas, d'ici
deux décennies, peut-être même une seule, l'or noir aura quasiment
disparu. Et bien avant cela la carte politique du monde risque d'être
profondément bouleversée, car les pays assoiffés d'or noir
n'assistent pas les bras ballants au désastre annoncé.
3§ Nous
réagirons. Aujourd'hui ? Demain? Une seule certitude, ce sera sans
doute tard, et notre inertie risque fort de gripper les rouages d'une
mondialisation triomphante. Sans même parler des autres conséquences
de cette fringale d'or noir pollution, réchauffement du
climat, montée des océans considérées en général comme
quantité négligeable. Qui se soucie des populations les plus
vulnérables, de celles qui, par centaines de millions, seront les
premières victimes d'un pétrole toujours plus cher, qu'elles ne
pourront plus s'offrir ? Qui, hormis les scientifiques, économistes,
anthropologues, écologues, agronomes, physiciens de l'atmosphère et
ONG, s'inquiète de la facture des coûts externes engendrés par une
planète shootée au pétrole ? Pas les politiques. Pourtant, dès la
conférence de Stockholm en 1972, l'environnement s'est invité dans
les débats, et les Etats ont été confrontés à la réalité de
leur interdépendance planétaire. Certes, en 1992, la conférence
des Nations unies sur l'environnement et le développement de Rio de
Janeiro a débouché sur nombre de conventions d'importance majeure,
sur le climat par exemple, ou encore la biodiversité. Enfin, le
sommet de Johannesburg en 2002 a tenté de considérer le
développement social comme la clé de voûte du développement
durable. Mais tout cela avec les résultats qu'on sait : trois fois
rien. La prise de conscience est réelle, mais les actes tardent. Et
le pétrole n'en finit pas de s'envoler sans autre conséquence que
de durcir la vie quotidienne.
4§ Et si, pourtant, ce baril hors
de prix avait des vertus ? Aujourd'hui, personne ou presque ne se
soucie de consommer mieux, c'est-Ã -dire de consommer moins de
ressources et surtout d'énergie. En dépit d'un engouement sans
précédent, les énergies «propres», sans hydrocarbures ni déchets
à long terme, ne pèseront au mieux que 2 % de la consommation
mondiale en 2030. Même l'atome n'y pourra rien. Pourtant, la Chine,
l'Inde, l'Europe, n'en finissent pas de planter des moulins à vent ;
le Brésil fait tout pour sucrer ses moteurs et ceux du reste du
monde ; et les adeptes du diesel à huile découvrent des qualités Ã
la friture.
5§ Un pétrole cher, c'est l'assurance que les
milliers de projets, d'expériences du moins consommer, ou du
consommer autrement, ne seront plus de simples gouttes d'eau
réservées à quelques bobos. La plupart des idées qui germent ici
et là n'attendent plus qu'un petit coup de pouce et beaucoup de
pédagogie : est-il normal que l'Autriche affiche trois fois plus de
chauffe-eau solaires que la France ? Est-il raisonnable d'utiliser
des hordes de camions quand le rail a prouvé depuis longtemps son
efficacité ? Est-il judicieux que les ingrédients d'un simple pot
de yaourt parcourent plusieurs milliers de kilomètres avant
d'atterrir sur nos tables ? Est-il légitime de dégrader les côtes
chiliennes en quelques années pour assouvir l'appétit de saumon des
Européens?
6§ Le choc pétrolier dont nous vivons les prémices
exige des politiques ambitieuses, pour forcer les uns, et accompagner
les autres. Mais on ne les voit se dessiner ni en France ni en Europe
ni ailleurs. La cure de désintoxication au pétrole aujourd'hui, la
panne sèche demain, seront d'autant plus violentes que les
responsables politiques auront gardé leurs oeillères. Pourtant, le
développement durable, trop souvent considéré à tort comme un
simple thème en vogue, ambitionne d'instaurer un état universel de
bien-être en «écologisant», en humanisant l'économie. Chacun,
politiques en tête, récite sans se tromper la définition du
développement durable : «Un type de développement qui permet de
satisfaire les besoins des générations présentes sans compromettre
la capacité des générations futures à répondre aux leurs.» Mais
voilà , chacun voit la durabilité à sa porte. Si nous ne faisons
rien, demain, le baril sera à prix d'or quand le sevrage sera
impossible et le climat en surchauffe. Alors aujourd'hui, ce pétrole
déjà cher est l'occasion ou jamais de changer notre monde. Vive le
pétrole cher, donc!
1-
Résumez le texte en deux lignes.
2-
Relevez l'idée principale de chaque paragraphe, et soulignez les
arguments avancés par l'auteur pour la justifier.
3-
Mettez les verbes du 3ème § au passé. Faites tous les
changements nécessaires.
4-
Résumez les paragraphes 5 et 6 en (55 mots.)
5-
Production écrite:
En
6 lignes, essayez de convaincre un ami d'économiser l'énergie, en
utilisant des arguments divers.