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Obésité
: « Une épidémie mondiale »
Tout
au long de l’histoire de l’humanité, la prise de
poids a été considérée comme un signe de
richesse et de bonne santé. Aujourd’hui, cependant, la
surcharge pondérale et l’obésité sont
devenus un problème mondial majeur de santé publique.
L’obésité est une maladie chronique, qui existe
dans les pays développés comme dans les pays en
développement et qui touche les enfants comme les adultes.
Elle est désormais si répandue qu’elle se
substitue aux problèmes de santé publique traditionnels
que sont la dénutrition et les maladies infectieuses
Dans
les zones urbaines des pays pauvres, les plats gras et sucrés,
peu chers et immédiatement disponibles, concurrencent la
nourriture traditionnelle, plus coûteuse et plus longue à
préparer. Toujours durement touchés par l'insuffisance
alimentaire, les pays les plus pauvres de la planète souffrent
désormais également de son contraire, c'est-à-dire
de l'obésité. La FAO (Organisation pour l'alimentation
et l'agriculture) estime que 95 % des personnes victimes de
sous-alimentation chronique vivent dans les pays en voie de
développement. Un colloque organisé sur le thème
: "Le monde peut-il nourrir le monde ?", devait présenter
les politiques nationales et internationales susceptibles de remédier
à ce fléau, ainsi que les questions sanitaires liées
à la malnutrition et à la surnutrition.
L'obésité
est un mal nouveau qui frappe désormais les pays en
développement, et non plus seulement les pays riches et
industrialisés (Europe et Etats-Unis). Selon l'OMS, on
comptait environ 200 millions d'obèses dans le monde en 1995.
Cette évaluation atteindrait aujourd'hui les 300 millions de
personnes, dont 115 millions dans les pays en développement.
Et ce chiffre devrait encore augmenter dans les prochaines années.
A tel point que l'organisation internationale n'hésite pas à
parler "d'épidémie mondiale".
Cette
évolution de la surcharge pondérale et de l'obésité
est constatée dans toutes les grandes régions du globe.
L'industrialisation de l'alimentation et le manque d'activité
physique, associés à l'urbanisation, expliquent pour
une grande part le développement de cette épidémie
mondiale, que l'on rencontre surtout dans les villes des pays en voie
de développement. Les populations passent alors d'un régime
alimentaire traditionnel reposant sur les céréales,
racines ou tubercules, comportant une faible proportion de lipides,
peu de produits d'origine animale et une forte teneur en fibres, à
une alimentation beaucoup plus riche en sucre, en lipides, en sel et,
au total, en calories. Ce qui représente un changement
considérable pour des populations qui ont, jusqu'à
présent, surtout été confrontées à
la pénurie.
Une
étude portant sur 133 pays en développement indique que
la migration dans les villes peut entraîner jusqu'à un
doublement de la consommation de plats gras et sucrés, peu
chers et immédiatement disponibles, au détriment d'une
nourriture traditionnelle plus coûteuse et nécessitant
un temps plus long de préparation. L'accès facile à
des huiles peu onéreuses a joué un rôle
prépondérant en raison d'une production industrielle
généralisée à bas prix. Ce qui a entraîné
la multiplication par quatre de la consommation des huiles végétales
par personne dans le monde au cours des quarante dernières
années. A cela s'ajoute la diminution de l'activité
physique. L'accès à des moyens de transport, la
mécanisation du travail et la sédentarisation,
l'augmentation des loisirs passifs, comme le cinéma et la
télévision, jouent certainement un rôle dans les
changements observés dans les pays en voie de développement.
Christiane
Galus, Le Monde du 15/10/ 2003
Famine et malnutrition
Malgré
la montée des problèmes liés à l'obésité,
la priorité absolue de la FAO reste la lutte contre la faim,
car 840 millions de personnes continuent de souffrir chroniquement de
sous-alimentation. "Nous sommes donc bien trop loin de
l'objectif fixé en 1996 par le Sommet mondial de
l'alimentation, qui souhaitait réduire de moitié d'ici
2015 le nombre des victimes de la faim"Jamais auparavant
l'humanité n'avait produit autant de nourriture. "Et nous
disposons de technologies capables d'accroître considérablement
la productivité des exploitations agricoles et de mieux
maîtriser les ressources en eau", précise le
directeur de la FAO. Ce qui manque, c'est la volonté politique
de s'attaquer aux causes profondes de la faim sous toutes ses formes.
Si
les centaines de millions d'affamés de la planète sont
inacceptables, la situation alimentaire internationale donne
pourtant, selon les spécialistes, "des signes lents mais
tangibles d'amélioration". Ainsi, en cinquante ans, "la
quantité d'aliments disponible pour chaque habitant de la
Terre est passée, en moyenne, de 2 320 à 2 800
kilocalories par jour". Une amélioration d'autant plus
remarquable que, dans le même temps, la population mondiale a
plus que doublé, passant de 2,5 milliards de personnes en 1950
à plus de 6 milliards aujourd'hui. " Nous sommes dans un
monde globalement mieux nourri. Malheureusement, il ne s'agit que de
moyenne. Force est de constater que l'écart se creuse entre
les pays en développement qui sortent de la pénurie
chronique, et ceux qui stagnent ou régressent dans leur combat
contre la faim."
La
malnutrition apparaît aujourd'hui comme le résultat
d'une organisation inadéquate du système économique
et politique. "Les guerres, l'instabilité politique sont
pour l'essentiel à l'origine des famines et des situations de
pénurie qui règnent aujourd'hui dans le monde". De
plus, la malnutrition frappe ceux qui devraient contribuer à
nourrir leurs concitoyens : "Six cents millions de paysans
pauvres, victimes de la baisse des prix dictée par la
libéralisation des échanges, doivent amputer leurs
réserves d'autoconsommation pour renouveler - sans y parvenir
bien souvent - leur potentiel de production."
Malgré
les progrès accomplis, la situation alimentaire mondiale reste
donc préoccupante, surtout si on la met en relation avec les
données démographiques. La population mondiale, malgré
un net ralentissement, augmente. Et elle pourrait atteindre 9,3
milliards de personnes en 2050, et plafonner autour de 10,5 à
11 milliards à la fin du XXIe siècle. Or, la croissance
démographique concerne surtout les pays en voie de
développement, qui connaissent aujourd'hui des problèmes
de sous-alimentation et de mauvaise alimentation.
Christiane
Galus Le Monde du 15/11/2003
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