Don d'organes: pour ou contre, telle est la question (Par Kenza Alaoui )
« Tous les jours, je
pense à la personne qui m'a «offert sa cornée»,
affirme un jeune homme greffé à l'hôpital Cheikh
Zayed. Adil a retrouvé la lumière des yeux grâce
à une autre personne dont il ignore l'identité.
Dans ce genre d'affaire, la
gratitude est un ingrédient qui revient comme un leitmotiv.
Amplement justifiée, cette reconnaissance est à la
hauteur du sacrifice consenti par le donneur. Car dire «oui»
en faveur de cette action salvatrice, alors qu'on est dans un moment
de douleur et de souffrance, comme c'est le cas suite à la
perte d'un être cher, c'est faire preuve de générosité,
de solidarité et d'une noblesse de l'âme qui n'est pas
donnée à tout le monde. « Le don de la
vie, quoi de plus beau ! Préservez ce joyau de solidarité
humaine qu'est le don bénévole et anonyme".
Au Maroc, la transplantation et
donc le don d'organes sont amplement encouragés par les
médecins. Le Pr Benghanem , secrétaire général
de la Société marocaine de néphrologie adopte
cette approche. «Il faudrait essayer de réduire le
nombre de malades dialysés par un programme ambitieux de
transplantation rénale. Nous risquons de commettre une erreur
stratégique si nous continuons à penser : insuffisance
rénale = dialyse» .
Mais
si vous aviez à faire don d'un organe pour sauver une autre
personne, offrir la chance à un individu de recouvrer la vue,
à un dialysé ou à un cancéreux de vivre
normalement ou encore à un cardiaque de voir son cœur
battre plus longtemps ? Il s'agit là d'une interrogation que
l'on ne se pose pas tous les jours mais face à laquelle on est
confronté au moins une fois dans sa vie. Donner ou ne pas
donner, telle est la question. Une fois posée, cette
interrogation prend les allures d'une réflexion existentielle
et suscite toutes sortes de réponses. Les réactions
fusent mais ne se ressemblent pas. Contre toute attente, les «oui»
automatiques ne jaillissent pas de toute part. Plus que jamais, c'est
l'instinct de survie qui prime et prend des dimensions faramineuses.
«Et si le fait de sauver une autre personne mettait ma vie
en péril?», rétorque Amal, spontanément.
Et l'on justifie et l'on hésite et philosophe sur le sens de
la vie et de la mort, et surtout sur le destin, terme qui revient
souvent dans les réponses. «Si une personne est sur
le point de mourir, c'est que Dieu en a décidé ainsi.
Ce n'est donc pas à moi de lui redonner vie»,
souligne Fadwa, 28 ans, mère d'un enfant d'un an et demi. Mais
dès que vous lui posez la question autrement : «Et si
la personne à sauver était votre propre fils ?
Seriez-vous prête à lui faire don d'un organe ? »,
tout bascule. C'est un «bien sûr», qui ne
souffre pas de recours, qui cède la place au refus du début.
Après un court moment, la liste des bénéficiaires
potentiels de ses organes se prolonge pour comprendre ses parents,
mais pas ses frères et sœurs. Elle justifie sa position
par le fait que ses géniteurs n'ont personne que leurs enfants
alors que sa fratrie peut trouver donneurs ailleurs.
Moins sélective sur le
receveur, Fatima se dit prête à donner, de son vivant,
ses organes, à condition qu'elle soit sûre que le
demandeur en a vraiment besoin et qu'il est en danger de mort.
D'ailleurs sa sœur a été sauvée grâce
à la générosité d'une tierce personne.
Nabil, lui, est catégorique. « Je ne donnerais jamais
mes organes de mon vivant », tranche-t-il. Par contre,
mort, il serait prêt à offrir son corps en entier. «Dans
tous les cas, mort, il ne me servira plus à rien. Là où
je vais, je n'aurais pas besoin de mes organes, autant laisser un (e)
autre en profiter». Encore plus cynique, Nabila s'accroche
avec acharnement au principe d'inviolabilité du corps humain.
Elle clame haut et fort que si elle est née entière,
elle a envie d'être enterrée entière, sans un
organe en moins. «Mon corps est le seul bien qui
m'appartient vraiment. Je l'ai toujours eu et je ne suis pas prête
à m'en défaire ne serait-ce que d'une infime partie».
Néanmoins, il n'est pas
rare que des personnes qui ont des idées arrêtées
sur cette problématique changent d'avis au moment où un
drame survient dans leur propre famille ou quand eux-mêmes se
trouvent dans la position de demandeur. La vue d'un enfant sauvé
par le greffon d'un autre ou de proche la vie peut tout faire
basculer.
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Bon à
savoir
Selon la
loi, toute personne majeure peut faire don de ses organes après
son décès. Cette volonté de don après
la mort, peut être enregistrée auprès du
président du Tribunal de première instance. De même,
les personnes qui, de leur vivant, veulent s'opposer au
prélèvement après leur décès
expriment ce refus par une déclaration reçue
également par le président du Tribunal de première
instance. Pour les personnes décédées, les
prélèvements peuvent être effectués sur
les personnes n'ayant pas exprimé leur refus de leur
vivant, et en l'absence d'opposition du conjoint ou, à
défaut, des ascendants ou, à défaut, des
descendants.
Le constat médical de la mort
encéphalique du donneur est obligatoire avant le
prélèvement ainsi que l'absence de doute sur
l'origine du décès. Des dispositions pénales
allant de l'emprisonnement de 2 à 5 ans et d'une amende de
50 à 500.000 dirhams sont prévues dans les cas
suivants : transaction sur un organe humain, rémunération
pour un don, prélèvement d'un organe humain ailleurs
que dans un hôpital public agréé, violation de
l'anonymat du donneur ou du receveur.
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