Une
nouvelle crise alimentaire menace le monde Publié
dans le Courrier International 82
1§
On n’avait pas connu cela depuis trente ans : les stocks
de céréales n’assurent plus que cinquante-sept jours de
nourriture à la population mondiale. La réduction dramatique de
l’approvisionnement alimentaire risque de plonger le monde dans la
plus grave crise qu’il ait connue depuis trente ans. De nouvelles
statistiques montrent que les récoltes de cette année seront
insuffisantes pour nourrir tous les habitants de la Terre, pour la
sixième fois depuis sept ans. Les hommes ont jusqu’ici mangé Ã
leur faim en prélevant sur les stocks constitués durant les années
de vaches grasses, mais ceux-ci sont désormais tombés au-dessous du
seuil critique. La récolte de céréales diminuera pour la deuxième
année consécutive, alors que l’appétit de la planète ne cesse
de croître, à mesure que sa population augmente.
2
§
La production a baissé dans les pays riches et les prix ont
d’ores et déjà grimpé d’au moins 20 % cette année. La crise
qui se dessine est passée largement inaperçue parce que, pour une
fois, les récoltes ont chuté dans les pays riches comme les
Etats-Unis et l’Australie, qui, en temps normal, sont exportateurs
de denrées alimentaires, et non dans les pays les plus affamés du
monde. Aussi, ni l’Afrique ni l’Asie n’ont-elles souffert de
grande famine. L’effet du déficit se fera sentir progressivement,
lorsque les populations pauvres ne pourront plus acheter des aliments
devenus trop chers, ou lorsque leurs propres récoltes baisseront.
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§ A travers le
monde, plus de 800 millions de personnes souffrent de la faim. De
1950 à 1990, les rendements céréaliers ont plus que doublé, et la
production est passée de 630 millions à 1,78 milliard de tonnes.
Mais, depuis quinze ans, les rendements progressent bien plus
lentement, et la production atteint péniblement 2 milliards de
tonnes. "Les paysans ont obtenu un résultat extraordinaire en
triplant quasiment la récolte mondiale", note Lester Brown. "En
une seule génération, ils ont presque doublé la production
céréalière par rapport aux 11 000 années qui avaient précédé,
depuis le début de l’agriculture. Mais maintenant, le ressort est
cassé". Outre l’amélioration des rendements, une autre
méthode traditionnelle pour doper la production consiste à agrandir
la superficie des terres arables. Mais cela n’est plus possible. A
mesure que la population s’accroît et que les terres cultivables
servent à la construction de routes ou de villes - et s’épuisent
en raison de la surexploitation -, la quantité de terres disponible
pour chaque habitant de la planète diminue. Elle a chuté de plus de
moitié depuis 1950 [de 0,23 à 0,11 hectare par personne].
4§
Pourtant, la production alimentaire permettrait de nourrir
correctement tout le monde si elle était bien distribuée. Certes,
les habitants des pays riches mangent trop et ceux des pays pauvres
pas assez. Mais des quantités énormes de céréales servent
également à nourrir les vaches - et les voitures. A mesure que les
gens s’enrichissent, ils consomment plus de viande, et les animaux
d’abattoir sont souvent nourris au grain. Ainsi, il faut 14 kilos
de céréales pour produire 2 kilos de bœuf. Plus d’un tiers de la
récolte mondiale sert ainsi à engraisser les animaux.
5§
Les voitures sont devenues un autre sujet de préoccupation, depuis
que l’on encourage la production de carburants verts pour combattre
le réchauffement climatique. Une "ruée vers le maïs"
s’est déclenchée aux Etats-Unis, avec l’utilisation d’une
partie de la récolte pour produire un biocarburant, l’éthanol -
grâce aux subventions considérables du gouvernement Bush qui
voudrait de cette façon contrer les critiques concernant son refus
de ratifier le protocole de Kyoto. Un seul plein d’éthanol pour un
gros 4 x 4 nécessite autant de céréales qu’il en faut pour
nourrir une personne pendant une année entière. En 2006, la
quantité de maïs américain utilisée pour fabriquer du carburant
sera égale à celle vendue à l’étranger. Traditionnellement, les
exportations américaines contribuent à nourrir cent pays, pour la
plupart pauvres. A partir de l’année prochaine, le volume consommé
par les automobiles américaines sera supérieur à celui des
exportations, et la part disponible pour nourrir les pays pauvres
risque bientôt de se réduire. Les usines de production d’éthanol
existantes ou en projet dans l’Iowa, la grande région céréalière
des Etats-Unis, absorberont pratiquement toute la récolte de cet
Etat. Les pauvres affamés seront alors mis en concurrence avec les
propriétaires de voitures.
6§
Fabriquer des voitures moins gourmandes et manger moins de
viande atténuerait le problème, mais la seule solution à long
terme est de permettre aux pays pauvres et particulièrement à leurs
populations les plus défavorisées - d’accroître les cultures
vivrières. Le meilleur moyen d’y parvenir est d’encourager les
petits paysans à privilégier des cultures respectueuses de
l’environnement. Les études menées par l’université de l’Essex
montrent que cela permet de doubler les rendements. Mais le monde
doit prendre conscience de l’urgence de la situation. "Nous
sommes au bord du gouffre", met en garde Lester Brown. "
L’Histoire juge les dirigeants sur leur capacité à faire face aux
grands problèmes. Et pour notre génération, le grand problème
risque fort d’être la sécurité alimentaire."
A/
Résumez oralement le texte en un seul paragraphe (le problème, les
causes, les solutions) .
B/
Rédigez un texte pour répondre à la question : manger ou conduire
?
C/
Souligner toutes les subordonnées du texte et identifiez-les ?