Par Sabrina Bardot de Dijon

(Notes Atlande Marivaux Les Journaux + cours CNED 1 e partie)

MARIVAUX ECRIVAIN

Quand lance la 1e feuille du spectateur, Marivaux est ses dbuts et passe pour un crivain prometteur, la croise des chemins. n en 1688, M. passe donc sa jeunesse sous le rgne de Louis XIV (meurt en 1715) , assombrie par guerre rvocation de ldit de Nantes, perscution des protestants, difficults financires, crises de subsistance etc.= cour dboussol par la nouvelle dvotion du roi.

Etude de droit quil ne finit pas. intrt ailleurs.

De 1712 1716 grosse production.

Premire tape de sa vie dcrivain. uvres qui sont uniquement des fictions, surtout des romans. Il est en marge de ce qui est l poque le plus prestigieux, mais aussi de ce qui est le plus frquent ; mfiance dfiance et mpris pour les canons officiels ou les rgles lucratives en recourant des genres certains gards archaque comme le roman archaque de style baroque, Les effets surprenants de la sympathie, puis trois romans comiques sur le modle de Don Quijote. Il prend violemment partie dans la querelle des anciens et des modernes en faveur des Modernes en 1713, et attaque le culte de luvre dHomre avec son Homre travesti, se moque de Fnelon, qui est un de ses prestigieux continuateurs en parodiant Les aventures de Tlmaque dans Tlmaque travesti ; il dfend limage dun crivain dsinvolte .

Deuxime tape de sa vie dcrivain : jusquen 1721-1722 dlaisse de roman mme si pendant une dizaine dannes, il se tourne vers les genre nouveau.

Deux vnements majeur : 1717 mariage fort avantageux qui lui laisserait toute libert, amis se lance dans les spculations provoque par linstauration du systme montaire de Law, et perd lessentiel de sa fortune, il lui faut gagn sa vie . il envisage de reprendre ses tudes ou de prendre succession de son pre la Monnaie de Rion. Le thtre lui permet davoir reconnaissance critique et denvisager de vivre de sa plume, mais chec avec Annibal

Il se tourne alors vers le journalisme avec le Mercure.

Publication de lettres fictives. (lettres sur les habitants de Paris etc.)

Troisime tape : laventure du spectateur, il vient de trouver sa voie au thtre, en prenant le chemin inverse de sa tragdie, il dcide de faire appel troupe concurrente des comdiens franais, les comdiens italiens, et emprunte la commedia dell arte le personnage dArlequin (poli par lamour). Troisime priode de sa carrire brillante et cette fois couronne de succs.. mais sa notorit suscite un rejet violent, que les critiques ont rsums quelques traits runis sous le terme  Marivaudage . Le thtre prend le pas sur sa carrire et il ; pratique alors le journalisme avec une certaine dsinvolture : par refus de ce qui fixe lavance le travail de lcrivain il refuse toute pratique ditoriale. Nouveaut par le thtre, mise en scne de la naissance de lamour chez ceux qui le rejettent ou le craignent, La surprise de lamour, La double inconstance, et avec le spectateur il dcouvre deux modalits de la reprsentation de la vie intrieure : il montre un homme penser, et il invente des personnages qui exposent la premire personne des problmes de leur vie affective, leurs expriences. Le journalisme va tre aussi un terrain dessai qui prpare le retour au roman avec la vie de Marianne 1731-1732. au cours des ans 20 M simpose comme lun des crivains les plus inventifs et les plus dous de la rgence, et au dbut du rgne de Louis XV, ct de Lesage comme lui romancier dramaturge, et de Voltaire et Montesquieu. Ldition en volume du spectateur accompagne cette gloire naissante .Les deux autres journaux plus courts et publis plus rapidement sont comme des intermdes dans la production thtrale.

Les dbats intellectuels

La querelle des anciens et des modernes

Cette querelle sest droule en deux grandes vagues. La 1e autour de Perrault et de son //des anciens et des modernes, la 2e laquelle participe Marivaux, autour de la Motte et de sa traduction abrge dHomre.

Contestation non pas supriorit des anciens mais du principe dimitation. Le pass nest plus un trsor de normes : on avait dsormais sur lui un regard historique, on mettait ses productions en perspective. Il est absurde de dire que tout est dit sur la nature humaine puisque celle-ci est changeante et que la matire se renouvelle sans cesse. la littrature ancienne prend la valeur restreinte dun tmoignage historique sur les variations de lhomme et des mentalits. On ne peut pas tre mise sur le mme plan que litt moderne. Pour apprcier celles-ci, Marivaux oscille entre deux positions : il fait rsider sa valeur soit dans son originalit, dans ce quelle apporte de neuf, dans ce qui marque sa diffrence, soit dans sa capacit saisir le prsent, traduire lhomme actuel seul mme dintresser le lecteur de son temps .

Tte la litt prendrait donc une coloration historique (cf Baudelaire dans Le peintre de la vie moderne). Mais on ne doit pas rompre avec les modles anciens.

Ces positions avaient t dfendu pas Descartes dans le domaine philo. : il faut demble rejeter tte allgeance aux autorits, aux prjugs, pens par soi-mme.

Engagement de M. dans la 2e querelle propos traduction. Pb de lusage contemporain quon peut faire des anciens. Les anciens dema,ndent une trs grande fidlit au nom du respect de la grandeur, de la supriorit. Les modernes reconnaissent mieux son tranget irrductible, sa barbarie mais cest pour la rejeter dans le pass. Marivaux assimile les partisans dHomre une secte fanatise. Si M se dit au dessus des partis dans le spectateur cest quil ne milite plus comme il a pu le faire. Mais il neffectuera jamais lattaque des Modernes quil avait pourtant promis. Laccent quil met sur loriginalit du style, la fidlit ncessaire une vocation personnelle, lexpression dun singularit inoue, tt cela revient ngliger voire ignorer comme dangereux, tt apprentissage classique, tt passage limitation des anciens, tte reconnaissance dune utile suprmatie. Cest se placer clairement dans la perspective des Modernes sans directement les invoquer, puisque justement ils contestent ce principe dautorit. La non revendication au  clan  est donc une attitude essentiellement moderne.. si M est profondment moderne il garde une certaine inquitude de ses choix en matire de morale et de pense libre.

Les journaux de Marivaux et les genres voisins

_Le journal priodique

Cf ce quon sait dj avec spectator etc.

Le roman : cest au moment o il se lance dans les journaux quil revient au roman.

Du roman contemporain et de ses contributions au genre, on peut relever sept caractristiques qui intressent spcialement les journaux, quil a en quelque sorte exploits en les transposant dans ce genre quil est en train dinventer :

_ lesprit comique : motif de la comdie, de limposture, hypocrisie masque, vanit des formes prestigieuses, mauvaise foi illusion romanesque. Drision gnralise qui nest pas faite au nom dune conscience morale mais dans un esprit de badinage et comme occupation du narrateur romancier.

_ Laventure picaresque : le roman comique franais nat de linfluence de Don Quijote et du genre picaresque : M aime montrer ses personnages sur la route, offerts au hasard, et il cherche montrer comment laventure participe dune dcouverte de soi.

Montrer comment un sujet se dveloppe.

_ le roman du roman :

Le roman comique se double dun roman du romancier dialoguant avec ses lecteurs. Et considrant avec dsinvolture les mandres de son texte, ses changements de registre et sautes dhumeur. le personnage plac au centre est cens tre le compositeur et linventeur du roman cf. les effets surprenants de la sympathie.

_ la vie tranquille :

le voiture embourbe : deux traits communs avec les journaux : le texte se prsente comme une lettre o le N rend compte dun petit pisode arriv aprs carnaval, son voyage dans voiture publique dans laquelle il lie conversation avec les autres voyageurs : un accident les conduit dans une auberge o ils composent un  roman impromptu  chacun imaginant un chap. en se raccrochant ce qui a t dit auparavant : cest une des veines du roman contemporain, en particulier pratiqu par les femmes, activits banales et oisives, de gens qui cherchent dans la fiction un prolongement de leurs intrigues sentimentales.

_ les rflexions : autre trait prsent dans la voiture le N ne raconte pas seulement quelques incidents prosaques, il observe ses compagnons, en fait leur portrait, dcouvre les faiblesses et manies : il dcrit en moraliste. Le lien entre les narrateurs et les  rflexions  dont ils accompagnent leur rcit est plus indtermin dans les autres romans. Dans les journaux il constitue le journaliste.

_ Une criture de la subjectivit :

Une des innovations majeurs du roman des ans 1670 et qui est dcisive pour Marivaux est le recours la premire personne, qui fait u roman le texte crit par un personnage, le plus souvent sous formes de lettres ou de mmoires : le sujet vit dans lcriture et y prend la mesure de ce quil a vcu. Le roman non seult laisse se manifester le point de vue dun seul personnage, le laisse exprimer ses sentiments etc. dvoiler son intimit et ressaisir le pass le plus proche ou le plus lointain.

Le roman prend alors une forme dramatique, il montre un discours qui a valeur daction et une modalit lyrique : sy exprime une subjectivit. Le SF utilise les deux formes majeures de la lettre et des mmoires, sur une longueur courte, comme des nouvelles lintrigue rduite. La forme des mmoires ( et svt de la lettre) amne le personnage se considrer sous deux jours, celui de laventure et celui de la remmoration : il vit dans deux temporalits la fois, lune participant de laction, du projet, de la passion, lautre les jugeant les justifiant les expliquant : double niveau selon Rousset = le double registre.

_ Le fantme de lcrivain : le narrateur met au premier plan le phnomne de lcriture, de la composition, du style. Il leur donne une valeur le plus souvent socialement qualifiante ou valorisante, souvent dramatique ( sil sagit de se justifier ou dobtenir une aide) mais en mme temps le travail effectif du romancier, sa prsence mme sont e,ntirement occults : il se cache en montrant comme un double fictif de lui-mme : phno au cur des trois journaux.

Marivaux et la retombe du classicisme

La gnration de M se dfinit par rapport  ;,ce quon appelle aujourdhui classicisme, et que le XVIIe conoit comme  le sicle de Louis XIV  : priode exceptionnelle.

Sommet qui simpose dauta,nt plus facilement comme rfrence que chaque genre sincarnait dans un grand crivain : racine la Fontaine Molire la Rochefoucauld, Mme de Svign, de la Fayette et que tous semblaient ainsi soutenir un ensemble de principes lentement mris depuis la haute renaissance. Ils simposent lEurope au tournant du XVIIe et Marivaux pas plus que les Lumires ,ne les remet en cause. Ils ont t labors par opp aux choix baroques et par la vo,lont de dgager une voie propre la France : cf. les cours sur le thtre que tu recevras : une vitrine de la France par lart. aussi prtendait on trouver les caractristiques de la langue franaise et dans lesprit de la nation les appuis pour promouvoir une expression simple : articulation visible, unifie : instauration dun espace commun apais car soustrait au politique, dune culture du dialogue et de lhonntet (cette vitrine est voulu par Richelieu, cration de lacadmie franaise etc.)

Au moment o M commence crire on peut observer le dveloppements de voies indites. Outre le choc produit vers 1697 ave c le dveloppement du conte de fes pour ragir la morosit ambiante avec un roi devenu dvot, il y a recherche dun registre moyen, dans la contestation de lhrosme et du discours de lhistoire, dans le reprsentation de lcriture, dans lexploitation de la subjectivit et lexploration de la vie prive.

Lesage avec Gil Blas

Montesquieu les lettres persanes = es^rit dinnovation

Labb Dubos rflexions critiques sur la posie et la peinture 1719 installe au 1e plan la question de lart et oriente tout le 18e en accordant au sentiment un rle central dans lexprience et le jugement esthtique.

Rflexions sur la clart

La clart serait le point de ralliement la pratique linguistique, aux sciences, la philo, au travail litt, aux changes sociaux mme. M. la pose comme un idal, mais conteste lide de Boileau  ce qui se conoit bien snonce clairement/ et les mots pour le dire arrivent aisment , qui visait le baroquisme qui voulait que la richesse de la conception se mesure son obscurit. M. ne valorise pas lobscurit mais il considre que la complexit de lobjet excde lexpression et oblige des compromis, ce quon appellerait aujourdhui un schmatisme, choisir les  faces  singulires de ce quon prsente. De plus le langage comprend une dime,nsion affective. Au 18e le langage doit servir de vhicule aussi discret que possible lenchanement des ides : principe de transparence que contredit M. qui retient dans lcriture lattention sur ses trouvailles. Pour M loriginalit du langage vise rendre la complexit du rel et de sa conception. Il simplifie, dans la polmique, le rapport du langage la pense pour prouver quil nest que pense. Il se sert de la fiction de ses journalistes pour faire apparatre quune mme situation se prsente diffremment dans son dveloppement et mme aprs coup, est moralement condamnable mais justifie par la vie sociale etc. sans employer ce terme, M attribue la pense des proprits qui autorisent de parler de  style de la pense .

Une pens sublime :

Le sublime dsigne une raction du lecteur/spectateur qui rpond llvation de sa conception par une gale lvation de lme. Ainsi le mouvement crateur est ractualis et exalte en chacun sa dignit et son aspiration mtaphysique : capacit des personnages se dpasser et retrouver leur vraie nature par la gnrosit du don et de la communion humaine. M lui donne aussi un prolongement dans son prg moral : il en appelle au sentiment quaurait lhomme de sa dignit pour quil mesure ses actes laune de sa grandeur, de ce quon appellerait en termes modernes un idal du moi.

43 feuilles, trois journaux, un livre

M ne va traiter aucun sujet fixe,. Il transforme ainsi en proprit romanesque de son personnage (in sen contente de rgir ce qui lui arrive, ce quil voit) une des caractristiques du journal et lui donne un relief privilgi : il est redevable des vnements extrieurs, de leur mergence imprvisible et par l est libr de tout ordre, de toute ncessit.

Caractre inpuisable de la matire et inachvement essentiel du journal.

Discontinuit, ouverture, indtermination sont impliqus dautant quil crit sur une feuille volante : tout cela soppose tout ce qui serait mthode, plan, projet, imposant la pense le droulement de son programme.

La sc chez le libraire avec lamateur de gros volume : le,njeu nest pas seulement la reconnaissance du  petit  cest un changement de la matire littraire : son contenu  indigent  si lon peut dire, du moins infime ou banal, ne vaut que par la raction quil suscite chez le journaliste, par lcriture quil engendre : lhumilit affiche se transforme alors en triomphe dsinvolte.

Les 2 journaux sont trois uvres successives et indpendantes, il malmne beaucoup la logique du journal : aucune rgularit dans ses livraisons, ce qui donne au personnage du journaliste une plus gde importance, lui qui fait le lien, et qui instaure un climat dattente : cration dun cadre et dune attente, ce quon a pu appeler son horizon de lecture : celui de la diversit. Par la mme occasion il fait rfrence un autre mode de lecture quand tous les numros su spectateur seront runis en volume : on pourra rtablir si lin veut la continuit des mmoires de linconnu. Les feuilles volantes se rangent dans un nouvel ensemble ; cest ainsi qu t connu le texte dAdisson et Steele. Apparat alors sinon la composition du moins lorganisation de chaque journal et en contraste les choix spcifiques chacun : le titre de la publication des trois ens. = spectateur franais ; celui ci sert donc de rfrence et les deux autres se lisent somme des variations, explorant les terres jusqualors ngliges.

Expriences du sujet :

Ce qui caractrise les journaux est lexplication biographique de leur statut de spectateur. Le SF est celui qui pousse le plus loin le dtachement puisquil en fait une misanthropie prcocement installe 17 ans suite un pisode mineur- et plusieurs fois rappele. Lindigent ne se veut pas misanthrope mais lesprit de dpense qui fait la continuit de son existence lui a permis de nattacher aux biens dautre valeur que les jouissances immdiates quils procurent, et par-l ne plus regretter leur perte av c la pauvret et la vieillesse. Lexprience du monde vrai : le philosophe prvient le lecteur qu laccompagner dans son voyage, voir le monde dans sa vrit, il va dire adieu aux  intrts  et aux  passions , et il y gagnera dtre labris des  dsillusions  et de  rire  de tout. Le monde vrai o chacun agresse lautre et dclare vouloir lexploiter ne serait quun chaos invivable : on ne peut que vouloir rester en marge. Etre spectateur, cest ne plus vivre que par le regard et les journalistes ne parlent presque pas deux-mmes : ils observent les autres de lextrieur. Lconomie du regard explique que leur discours critique souvent trs noir soit complt par les rcits dautres personnages qui racontent leur vie ( lespagnol occupe une place part) : ils sont certes eux aussi au bout du rouleau mais ils parlent de ce quils viennent de vivre et lui sont encore attachs souvent par la souffrance la plus intense. Cette 2e approche de lexistence partage avec celle du moraliste une vise ou une capacit danalyse morale, mais sen distingue par un engagement affectif personnel, par une ncessit autobiographique. Da,ns ces deux situations de discours, M. choisit des individus qui ne se distinguent en rien par leurs tudes, ou un savoir, qui ne se rfre,nt jamais des textes ( part le brute Socrate, ou lOvide buveur).

Les journaux dplacent leur attention vers le domaine priv, voire mme la sphre intime. Qq scnes relvent de lespace public : escalier thtre, salon, auberge, reprsentation thtrale, le dner qui suit, mais mme l le spectateur quitte les lieux communs pour des rencontres singulires, des comportements individuels. Les principales activits professionnelles voques sont celles de lartiste et du comdien, brivement celle du juge et celle du roi, et dans tous les cas elles sont envisages comme des occasions de se faire aimer ou non. Le journal accorde une grande place au domaine du sentiment, de lamour ou de la famille. Mme la coquetterie est vu travers les mcanismes intrieurs de la vanit. Importance du tmoignage individuel mais aussi des scnes deffraction de lintimit. Cette effraction est symbolise dans la fiction du monde vrai, elle lest aussi dans la manire dont les divers spectateurs accdent leurs sources. Lespagnol sur^rend la conversation de deux amants aux Tuileries, linconnu surprend la conversion des parents, le pre fera de mme, et surtout les mmoires de la vieille dame qui sont arrachs et dchirs. Il est invit publier des lettres intimes mais aussi rapporte la confidence de la jeune fille pauvre. Cette matire et son mode de rvlation exige que le romancier recours la fiction : cest le pouvoir de lcrivain de dire en  se pntrant jusqu) un certain point des sujets quil envisage  ce qui appartient une  histoire secrte  non plus celles des grands personnages co ce fut pratiqu au 17e mais celle de lindividu. La morale doit explorer les replis du cur et ne le peut faire quen inventant les dispositifs fictionnels.

Individu et socit :

Le sens de la communaut :comment advient le sens moral, voil ce que rapporte les journaux. Ils partent des individus mais dans ses rapports avec les autres, lintrieur de la socit : cette position permet de dfinir la fois les valeurs, les normes du jugement moral, et les motifs du mal, du drglement. M. se fonde sur une morale essentiellement sociale. Le sens moral nat avec la co,nscience de notre appartenance la communaut humaine : jaccde un tre pleinement humain dans la mesure o je reconnais ce qui me fait semblable aux autres. La mchancet que les journalistes vient partout triompher est ce qui soppose ce lien. Le repli sur soi nest que secondairement d une sorte dapptit, lavidit de la chair, la recherche de ses  douceurs brutales et rassasiantes  . M. saisit lhomme dans la solitude de sa conscience, dans le mouvement de construction du moi, et ce processus est comme une rflexion, un retour, sur les relations avec les autres : lhomme est entirement socialis, et le mouvement dintriorisation est ce qui assuire la responsabilit de chacun et la garantie dun progrs moral.

Le mal apparat comme une  corruption  du sens social. Face lautre le sujet cherche faire reconnatre non ce quils ont en commun et qui justifieraient le mouvement de solidarit, mais lassurance de sa propre qualit : il veut satisfaire son amour-propre en simposant, en tablissant sa supriorit, au besoin par lhumiliation. Cette utilisation de lautre prend la forme spcifique de la coquetterie chez la femme et de la vanit chez lcrivain. Lhomme ne peut tre heureux quen arrachant lautre sons aveu de soumission. Mais cest en ceci quil ; est lui mme alin, dpendant des autres et du miroir quils lui font pour saimer.

Par amour propre on se change comme la voix pour les deux jeunes personnes : par amour propre chacun finit par sidentifier ce qui lui est le moins propre.

Le journal se partage entre la dnonciation de tout ce qui affaiblit ou contraire le sens de la communaut, et la clbration de ce qui au contraire le rtablit. Veut faire sentir aux hommes leur  Humanit commune . Cherche faire saisir la conscience de ce qui dfinit chaque homme.

Voir ce qui est essentielle et ce qui est trompeur, les  chimres  du riche par exemple = son argent son pouvoir etc.

Lamour :

M. a plac lamour du couple au centre de son thtre, mais ne lui donne presque aucune place dans ses journaux. Il le montre le plus souvent dtruit par le rassasiement masculin : ds quil a joui de ce quil dsire, lhomme abandonne sa compagne. Le dsir est le support de lamour et en rgle le droulement : dans le manque lamour se rduit au besoin et dans la satisfaction il spuise.

+ influence de la vanit dans le choix du partenaire ;: argent prestige bonnes fortunes ; lhomme brusquement enrichi se me-t plaire, le changement dhabit etc.

Si la femme est ainsi souvent prise en flagrant dlit de conformisme social, le sentiment masculin semble bien fragile : la moindre dception, au moindre soupon quil ne serait pas lui aim de faon pure et innocente, il se rtracte et romps non sans agresser violemment celle quil disait aimer. Inconstance de lamour quil fait que le journaliste ne veut asseoir le mariage sur lamour . le seul couple uni est runi par la misre et laffection des enfants. Lautre celui qui est malpropre est fond sur la haine aprs avoir t sur lamour : cela ne dure pas. Il ne leur reproche pas de ne plus saimer mais de ne pas construire leur relation sociale, cad en ayant tous les gards de politesse quon attend en socit. La dgradation des relations amoureuses ne rend pas seulement malheureux, elle affecte les murs.

Gde place dans les journaux aux relations familiales. Deux ex donns derreur ducative ;: la mre dvote et les enfants automates. Le bon exemple : la mre de linconnu : laffection est essentielle dans la formation, elle en constitue presque le message principal, elle est lcole de la gnrosit. Aussi la seule leon politique du spectateur adresse au roi est-elle du mme ordre : faites-vous aimer !

Un idal du moi :

Contre les plaisirs furtifs du sexe, le spectateur oppose les  volupts de la charit . Lorgueil qui nous lve et nous dresse contre les autres peut tre mis leur service : en voyant les effets de sa bienfaisance, le moi y gagne une satisfaction profonde. Amour propre peut pousser essayer dtre la hauteur de soi-mme.

La morale du journal :

Pq lauteur ne parle pas en son nom pour dfendre ses ides ? pq recourir la fiction ?

La fiction possde ses usages propres : elle passe par des genres qui permettent dexprimer sous forme de fable des situations morales ou des rflexions thoriques. Les fictions donnes comme telles (ou sous un voile aussi transparent et codifi que le rve) sopposent aux lettres aux mmoires, rcits choses vues, en ce quelles ne cherchent pas crer un effet dillusion, nont pas de consistance dramatique, ne prtendent pas toucher mais plutt veiller lesprit. Leur artifice est exhib.

Laventure dElonor = topos du rcit comique qui rduit lamour un acte anonyme, aveugle, et parfaitement incroyable. Les rves comme le chemin de la fortune sont des allgories : le droulement du rcit est soumis la perception du sens second, abstrait, auquel il sert seulement de truchement ; personnages et pisodes ne valent que par ce quils signifient indirectement.

Ils jouent sur les associations multiples qui accompagnent un mot ou une expression.  Le chemin de fortune  est ainsi une expression prise au premier degr.

Ce que lenfant reoit des fes la naissance nest jamais que ce que la mre veut, lui inculquera pas lducation. Le monde vrai sapparente une utopie dun type nouveau, cf. Montesquieu avec les lettres persanes : il prtend dcouvrir la vrit enfouie du monde qui nest plus au pays lointain mais qui tient dans le regard pos sur la ralit : lloignement nest plus gographiquement, mais dans la perception.

Trois positions du discours. Les journalistes prennent des positions diverses qui refltent leur degr variable dengagement et impliquent de la part du lecteur des relations diffrentes au propos moral. La premire feuille du spectateur franais les combine toutes.

Le critique :

La troisime partie de la feuille 1 : il prend en dfaut les crivains, dni=once la sottise et linefficacit de leurs projets et o il explique en retour ce qui dfinit le sien : comment il compte montrer un homme qui pense. Ici le journaliste joue le rle traditionnel du moraliste qui construit des grilles abstraites de lecture des murs et des comportements : ainsi leur analyse de la vanit, de la coquetterie etc. prsentation de dfinitions, de  sentences , et rencontre donc la tradition. Mais ce qui distingue Marivaux, cest quil recourre trs peu aux formes fermes comme les penses maximes ou  caractres , et quil fond son analyse dans un discours sinueux et changeant.

Lorateur :

Lorateur parle au nom des droits de lhomme : le premier pisode de la 1e feuille. Le discours du journaliste adopte rarement un discours aussi net, mais son propos prend par moment une dimension loquente, par le ton dindignation et par une sorte dappel la conscience. Souvent attitude des relais du journaliste. Les acteurs recourent au journal car ils ne peuvent sadresser leur perscuteur. Le discours fonctionne comme un  tableau , un tmoignage des violences subies. Cest ce qui fait son loquence.

Le spectateur :

Dernire attitude dominante

Il combine trois composantes dans premire feuille, qui sont ensuite dissocies. Il simpose ici en tiers linsu de lacteur et contre lui-mme. La jeune fille est en effet face un miroir : sc. Dintimit et suppose lamant absent. Au lieu de se dire quelle veut lui plaire, il dcide de c=voir en ce jeu une mascarade, une dmonstration comique de linauthenticit fminine. Il est le spectateur dans le sens o il choisit de ne plus intervenir dans lespace initial de la relation amoureuse, et de le mettre distance comme une scne. Cette distance est alors celle du rire  je viens de voir les machines de lopra. Il me divertira toujours, mais il me touchera moins . cette position de retrait comique ne vise pourtant pas la manipulation : elle assure au spectateur le plaisir qui motive son activit.

Pense et sentiment.

Il existe une raison plus profonde pour que M .se dissimule derrire ses journalistes. Pour tous ces journalistes, lcriture est le dernier acte vital : ils sont en position de retrait : misanthropies, gographie et pauvret, mort prochaine. Contrairement aux mmorialistes, les journalistes ne trouvent pas dans lvocation du pass le motif principal de leur criture, ils aiment observ et rflchir. Leur dsir est assez singulirement le dsir dcriture dun moi solitaire et coup des autres. Ce qui tait une position donne pas Steele et Addison leur Spectator est chez Marivaux la consquence dune configuration affective, sinon passionnelle. Il tend ainsi particulariser davantage la situation du journaliste et son discours, les faire dpendre des condition spcifiques qui ne sauraient tre celles du lecteur : linformation morale vient dindividus trs particuliers placs dans des circonstances propres, comme le sont des explorateurs. Ce discours morale procde dune aventure. Le spectacle du monde en est une. Ce lien trs fort entre lcriture est son auteur nest quun des aspects du lien plus gnral et plus fondamental pour Marivaux entre lide et le sentiment : non seulement parce que pour tout ce qui touche  la science de lhomme  tout connaissance repose aussi sur limplication du sentiment, met en jeu le sujet dans toutes ses dimensions mais aussi parce que le discours moral ne peut concerner le lecteur, latteindre dans ce qui fait de lui un sujet moral, qu condition de toucher son cur, de rendre les penses sensibles. Il doit donner ses ides leur rsonance sentimentale. La fiction lui laisse libert que confidence excluait.

(Reprise deuxime partie cours CNED)

Moraliste : un art franais

Montaigne, Pascal, La Bruyre, La Rochefoucault ont donn la France la vocation de la grande prose . chacun se distingue par linvention dune forme capable de crer un univers spcifique, comme une manire de considrer le monde et de donner figue lesprit de lauteur : assai pense caractre maxime. Quand Marivaux qualifie de  franais  son spectateur, cest pour le distinguer de son  confrre anglais  et marque ainsi ce quil lui doit, il suggre une adaptation une matire locale, mais implique aussi la volont de si,nsrer dans une culture nationale moderne, riche dauteurs originaux et qui ont contribu la formation dun langage propre la  science de lhomme . dans la feuille cinq lindigent se moque du got des fra,nais pour le dnigrement et la clbration qui vient de ltranger.

Un effet paradoxal : improvisation, oralit, dsordre

Laisser lauteur se montrer en train de rflchir et dcrire et pour cela dintroduire des commentaires sur sa pratique et des passages de rflexions sur se dmarche

Revendique le dsordre   jcris comme si je vous parlais  p 322 absence de toute systmatisation dans la choix des sujets, dcide de ne pas rpondre lattente du lecteur quand doit donner suite de quelque chose, ne tient pas ses promesses etc.

Le Partage entre un journaliste abandonn limprovisation et lauteur qui par derrire maintient les commandes rpond la double nature du journal, sinterrompant pour reprendre de nouveau chaque numro, et ensuite pris dans un volume permettant une saisie globale qui est la condition de la perception esthtique et aussi de la saisie de la complexit morale. Rception sur linstant, puis avec distance.

Les discussions sur le style

SI M dit ne pas vouloir prendre parti entre anciens et modernes, lattaque quil annonce lencontre des modernes ne viendra jamais. Le fait de ne suivre aucun modle = moderne.

Ce que refuse absolument M. cest de considrer le style comme un phnomne autonome, susceptible dune qualification ou dune hirarchie.

Trois critre dapprciation littraire

Lingniosit alli la finesse

Le principe de lingniosit veut que le lecteur soit sollicit et rponde lactivit spirituelle de lcrivain par sa propre sagacit : cette interaction vient renforcer lefficacit du propos moral et de ladresse plus sensible au cur. La participation lesprit de lcrivain est une source de plaisir, elle fixe latte,ntion par une surprise et la satisfaction de dcouvrir une vrit montre sous son jour le plus paradoxal .

Les thories sur lingniosit se sont dveloppes au cours du XVIIe sicle elle recommande une obscurit savante, volontiers nigmatique, et en font la manifestation des  vivacits de gnie  de lcrivain, donc dune capacit intellectuelle minente.

Marivaux lui joue avec la distance ; attitude dtache qui dgage ce quil y a dans une situation de comique, souvent avec les sentiments propres de ceux qui sont observs.

La bigarrure :

Montaigne en a fait un principe des essais, et elle est trs prsente pendant la renaissance. Le 18e sicle lui donne droit de cit dans la fiction et il recherche les genres qui en font comme une mthode de composition : dialogue dictionnaire journal, salon, et elle sapplique mme au trait ce qui am,ne relativiser lobdience aux rgles classiques. Lindigent en se relisant dcouvre la  plaisante bigarrure  de son propos et la revendique : elle est conforma la nature. Le je ne sais quoi : partie qui est un programme esthtique : le je ne sais quoi participe dun dsordre vivant qui h a rien de sauvage, puisque quil est du  meilleur got  et fait  un effet charmant . Marivaux soppose lide d un nature soumise des lois mcaniques, il nidentifie pas non plus le je ne sais quoi une origine perdue, ge dor ou proximit linnocence venue de Dieu. Il fonde le je ne sais quoi sur une nergie de la cration, imprvisibles dans ses manifestations et dans ses dveloppements, qui est en accord avec la sensibilit humaine et sans solution de continuit avec les exigences et les inventions de la culture la plus raffine : le je ne sais quoi se rvle au visiteur dans tout ce quil aperoit  de simple, de nglig, dirrgulier mme . M. se situe en dehors du dbat entre artifice et naturel : le je ne sais quoi tient aussi bien l orn  quau  non orn . les termes de  grce  et de  charme  voque une inspiration mtaphysique, mais qui garde son ct nigmatique. Lexprience du je ne sais quoi qui dborde le champ de lart proprement est capable de combler lhomme, de lui faire connatre la paix et le bonheur . Marivaux voit dans la litt un moyen de vivre le mo,de comme une grave.

Lordre cach :

Marivaux sest sans doute rappel de lauteur dont il tait le plus proche = Montaigne : conomie de la glose, allure saut et gambade qui sopposent lexpos mthodique et laisse au lecteur le soin de dcouvrir les liens entre les diffre,nts lments et les strates successive : dcouvrir le processus dun raisonnement vol, dcouvrir la raison profonde, intime, dun beau dsordre. Lordre cach du texte nest jamais dmonstratif, il est analogique : il invite clairer une exprience ou un domaine par un autre, rvler ce qui les lie, tablir des liaisons mtaphoriques ou allgoriques.

Un texte en mouvement :

M. se sert de ses journalistes et des diffrentes situations de discours quil imagine pour montrer le processus par lequel se constitue la science de lhomme ; les diffrents genres mmes quil emprunte deviennent des oprations critiques, des moyens pour lucider la matire morale, pour comprendre ce que le sujet vie sur le mode de la confusion ou de laveuglement. Ce sont des essais, mais dans un sens difft de celui de Montaigne : travers ses personnages lauteur multiplie les tons, les genres, les formes littraires, les positions de discours, les rapports du sujet lui-mme ou ce quil observe et en fait autant de procds pour capter dans le filet du langage lexprience du moi au sein de la socit, sa qute du bonheur et les rgles de jugement et de comportement. Lauteur implique le lecteur dans cette recherche par la bigarrure : il lui laisse accorder les morceaux disparates, les essais successifs, mais aussi par tout ce qui fait que le texte se nourrit de lui-mme, progresse en senroulant et ainsi rend prsent lacte de pense, ce qui permet de fixer un objet mouvant et complexe et de retenir ce qui le rend intelligible.

La traduction :

opration la plus utilise par Marivaux. Le moraliste est celui qui transforma la ralit sociale et psychique en signes et dchiffre le sens. Cette opration suppose que chacun se prsente dune faon opaque. Cette obscurit individuelle et collective vient de ce que la socit et le moi se fixent des idaux dont le respect apparent assure une certaine civilit : imposture gnralise. Le moraliste se donne pour tche de lever les voiles. La comdie ainsi dcrypte se transforme en farce. Dvaluation opra devient divertissant, comique.

Comparaison des deux coquettes : la voisine dvalue la belle, la belle fait la louange de la moche // avec les auteurs. Il comprend que ceux-ci font des dclarations de modestie pour en vrit sattirer lestime, et les compliments impliquent tjs le dsir de nuire ou de tirer la couverture soi. Cette traduction en noir sert de principe au mo,nde vrai. Le journal invite le lecteur passer le film lenvers et reconstituer le discours publiquement tenu. Le chemin de fortune opre de faon proche : les aspirants nafs la reconnaissance de leur mrite apprennent quon russit la seule condition denfreindre aux rgles de la morale, de la bienveillance , de lhonntet. Le non-dit est tjs signifi : le journaliste est celui qui ose dire que le roi est nu. Violence inhrente au dvoilement : quand il parle la langue de lautre par ex feuille 4 le riche.

La traduction faite par les journalistes rencontre un secd type dopration dans les journaux : celui du renversement. Il consiste crer un effet de surprise en partant dun cadre connu, de la doxa quil sagisse de jugements moraux, dapprciations sociales, de motiv. Psycho. Ou de types littraires, et en exposant avec aplomb lexact contraire. Le journalisme = cole de dniaisement qui dissipe leurs et illusions. Le philosophe au seuil du monde vrai suggre que ce savoir est cruel en rduisant nant lobjet de nos intrts et de nos passions, mais il prend svt le visage du badinage et de lhumour. Par ex les anachortes et les femmes feuille 2

Forme de loxymore : les jeunes gens sont  srieusement vains  p. 125 lindigent veut tirer  profit  de sa  pauvret  et le vice sert d exemple  la vertu p. 179 lassociation des termes contraires laisse entendre que le monde rel, par rapport aux exigences de la raison et de la moral, est un monde renvers : le journal remet le mo,de lendroit.

La symbolisation :

Dans le symbole, le physique, la circonstance, valent par le sens quils transmettent. Dans toutes ses uvres, Marivaux part dune situation singulire et en fait apparatre les diffrentes valeurs : au symbole il prfre un dispositif qui dgage le sens symbolique de cette situation ou de cette circonstance, et, dans les journaux, il fait participer le lecteur ce processus de signification, cette transformation du concret en symbole. Ce choix lit est li la manire quil traite et la trad. des moralistes : ils considrent lens. des phnomnes sociaux, les vtements, les gestes, comme des signes qui inscrivent dans une hirarchie et qui manifestent les attitudes et les positions de chacun, ils apprennent dchiffrer ces messages ou sen librer ? Marivaux par ailleurs sintresse linteraction de lindividu et du groupe, au  tourbillon des circonstances et dpendances  qui modifient ltre humain dans une dialectique instable.
le sens nest pas fig mais lobjet dune lutte, dune ngociation dune affection, cest selon. M. trouve dans le journal priodique la forme idale pour mettre en scne cette dcouverte et cet apprentissage : le spectateur part de son exprience et ragit en y rflchissant, en dgage les significations plus gnrales qui nourrissent son propos moral. Sa pense se dveloppe en se dmlant.

La  sentence  s appuie sur un dtail concret en le transformant en mtaphore, et la progression du texte tablit ce passage : elle tire dune chose banal, dun petit fait vrai, une leon gnrale. Victime du symbolisme convenue : les gens dont on se fient lapparence. Opposition par le moraliste au sens reu

_ le savetier : maxime o il prend situation pour symbole de ce que la socit est incapable de se mettre la place des humbles.

_ les enseignes comptes des Raphal = exemple concret qui rsume la leon sur les gnies ensevelis faute dtre dans une position minente, et sur les imbciles riches et puissants encenss. Ce propos servira ultrieurement pour comprendre dautres anecdotes : le buveur devenu un acteur adul ; lamant qui change dhabit et la femme qui veut bien de lui maintenant. Une page du cabinet est fond sur la mtaphore de lamant crancier p 378 la relation est alors purement mercantile. La dernire page du spectateur : le lit dauberge donn au plus riche : le lit est devenu support dallgorie : il partage le lit avec un autre voyageur qui le dfend.

Double niveau de signification, le rcit singulier servant de vhicule une pense plus gnrale, cense tre la vraie leon du texte :

_ le chemin de fortune utile lallgorie de faon humoristique et critique

_ le beaut et le je ne sais quoi : propos srieux

_ les dons de lesprit (co le chemin) la vrit est une vrit de polichinelle, et cest plutt la situation de discours qui est instaure qui amuse Marivaux : elle transforme ce qui est une sorte de facteur sinsatisfaction ( la russite immorale, le triomphe des imbciles) en un personnages rigolard et cynique ou en aveu grotesque. Comme le monde vrai, le comique repose sur la possibilit de dire ce qui est interdit, et donc sur le plaisir dune transgression, qui vise, non dgager un principe moral mais ridiculiser ce qui est complice sinon support de limmoralit.

La rflexion :

Rflexion mais criture en train de slaborer, se dtournant du monde extrieur alors quelle en traite- pour ne sappuyer que sur elle seule. Improvisation vivante du rcit du buveur ( manque dagencement etc. cf. les citations de la grille complte).

Le mouvement de rflexion sappuie volontiers sur un dialogue avec le lecteur en partant de ce quil vient de dcouvrir. Absence dordre dans le raisonnement qui nous ressemble : cette remarque sert dappel pour considrer plus largement la  nature . Les 3 journalistes aiment introduire leurs ides travers des entretiens souvent mens avec des inconnus de hasard, donnant ainsi limage dun change vivant ; le dialogue avec le lecteur est tout aussi fictif mais se rfre au texte mme, et cre ainsi limpression dune concidence entre le temps de lcriture et celui de la lecture. Exprience qui dbouche vers gnralit : attitude scientifique. Mais tentative dtablir une loi par lexprience dbouche sur diversits de lois contradictoires.

Les formes de la recherche morale

Lens. du journal est mis au service de la science de lho : le discours du journaliste et celui des prsges exposent de faon convergente les mmes phno de vanit, de coquetterie, doppression, de solitude, didalisme bafou et de lgret comique. Mais deux ens. diffrents : crits des journalistes et tmoignages. Les premiers prennent leur compte la vise morale du journal, il vise produire u,n savoir alors que les autres tmoignent et ne formulent par leur conclusion vise gnrale et morale. Le journaliste lui-mme ne prend pas la peine de complter. La description vaut lanalyse. Recherche de la formule frappante. Pour que la scne devienne une anecdote, il faut quelle connaisse un dveloppement dramatique et son sel repose sur le droulement de sa chute ( lhabit magnifique). Les rares confidences des journalistes tiennent souvent de lanecdote ;: la scne du miroir, les mmoires de la dame ge.

Lanecdote tourne parfois la fable : Elonor. Les faits sont subordonns une signification quils laissent transparatre, co,nformment lintention souvent explicite de son auteur. Les personnages du conte moral nhsite pas tirer morale eux-mmes de leur aventure, comme Hermocrate.

Les modes de la subjectivit

Depuis les ans 1670 une gde partie du roman scrit la premire pers. Et montre un personnages Qui crit sa vie. Marivaux oriente le travail de mmoire de ses hros vers la vie intrieure et l lucidation de ce qui a t vcu dans lobscurit. Ici le moi est en quelque sorte face lui-mme

Jean Rousset met en vidence le phnomne de double registre : le personnage fait le bilan de ce qui sest pass, lacm de laction, et ce bilan se veut instrument dune transformation.

Ici, dans les journaux, M. invite le lecteur surprendre une intimit dune manire acceptable parce quelle est fictive et dmontre indirectement le gnie romanesque de lauteur, son loquence et sa capacit, co dit La Motte  de se pntrer jusqu certain point des sujets quelle envisage. Cest cette profonde capacit de sentiment qui met un homme sur la voie de ses ides convenables, si significatives : cest elle qui lui indique ces tours si familiers, si relatifs nos curs ; qui lui e,nseigne ces mouvements faits pour aller les uns avec les autres, pour entraner avec eux limage de tout ce qui sest dj pass . p.226 Des morceaux de subjectivit peuvent tre classs en fonction des genres quils empruntent : discours, lettres, mmoire.

Nous proposons un partage qui tient compte de la fonction attribue la premire personne et de lattitude quelle prend lgard de ce quelle rapporte. On peut dans ce sens distinguer nettement les propos e,ngags dans laction et le prsent et ceux rtrospectifs. Ce qui nous incite mettre part le rcit du buveur.

Instantans dramatiques

Plaidoyer ou tirade, le lecteur est mis au cur de laction, son moment dcisif.

( pleins dex assez vidents : les trois lettres de la jeune fille, le mari de lavare etc.)

Bilan rtrospectif 

Commencement par la fin ( la dame ge et linconnu fin spectateur). Tire une leon de sa vie, la vie semble lavance finie.

Retrace sa vie dans le but de donner sens autobiog. Mais la ligne parfait et par avance annonce la vieille dame oppose pourtant demble un autre mode dexistence, celui de linstant : on ne vit quau prsent et le pass nest quun  rve . le rcit rtrospectif ne peut donc rendre lexprience et le sentiment, sinon essayer par limagination de se retrouver dans ltat du moment pass, en lui conservant son indtermination. Autre rcit partir de cette tension inluctable : le rcit de linconnu pas termin : donc on nous plonge dans linstant et on garde au rcit une ouverture sur un avenir incertain : le pass nest pas soumis la leon ultime de la vie.

Le temps retrouv 

Rcit du buveur commence avec naissance et pre. Contrairement aux mmoires, et ceux du spectateur franais, ce rcit nest pas associ une retraite, il ne vise aucun enseignement moral, il na pas de fonction sociale . Pas de jugement du pass, et totale improvisation. Marivaux est all aussi loin que possible dans la ralisation du rve des journalistes dpouser le mouvement dune pense au prsent, dans lharmonie entre les deux faces du rcit : ce qui est racont, le pass, ne soppose pas au prsent, lacte de raconter, le sujet nest pas scind, et de ce fait il est en accord avec ce quil raconte( se rfre constamment au prsent et laction de boire : raconte en continuant de vivre dans le monde, raconter= acte social de partage co partage le vin). Marivaux retrouve ici linspiration des lettres contenant une aventure, et la lgret de son hros suspend en quelque sorte la perspective morale : la vision du monde reste peu prs la mme, mais dleste de toute implication, dcharge de toute anxit ou de tout jugement.

Lintimit viole

Haine des hommes par les journalistes. Ce qui choque cest la violence qu(ils font ceux quils observent en volant leur intimit. Cet accs la connaissance des autres se ralisent sur deux plans :

1 celle du journal qui se prsente paradoxalement comme intime, priv, secret : crivain, loin de Paris, celui qui ne pense pas faire un livre, ou en retrait du monde. Aucun soucis du public ( mais allusion cabinet).

De mme la dame ge ne veut pas tre lu : geste important : le cahier se dchire, symbole viol intimit.

2 dautres visent une publication sont par contraste tourns vers le prsent, mais cest pour rvler leur tre intime, le justifier ou sen servir comme dune rame oratoire : les trois lettres de la jeune fille, ou linconnu.

Attention lintimit lie la question morale du rapport entre public et priv, du masque, du mensonge et plus profondment la question de la vrit.

Intimit = condition de lauthenticit : face lui-mme le personnage ne se ment plus, fait son examen de conscience, aba,ndonne la comdie sociale. Le journaliste vit en retraite pour ne plus tenir compte du regard des autres quand il sexhibe.

Vise moraliste : ils fondent presque tous leur savoir sur laccs lintimit de lautre : ils savent ce que les autres veulent cacher. Lautre apparat alors comme un ensemble de signes dcrypter. Cest ce qui lgitime et accrdite leur texte, les rend crivains. Le voyageur du mo,nde vrai, le spectateur face lamateur de volume, ou face aux coquettes traquent leurs intentions secrtes, confondent leur projet et dtruisent leur moi. Le dvoilement de leur intimit a donc une fonction critique, rvlant ce qui ne devait pas ltre.

Publication : La face cache dnonce une confusion des deux espaces et o elle voudrait imposer ltre priv les exigences de la clart publique : elle vise une intimit mal comprise. Les poux ngligs qui devraient agir comme en public. La situation prive o la fiance maltraite la bonne. La sc. du miroir : rvlation intime qui montre que ce qui tait peru comme vrai tait un artifice.

Le monde vrai chappe cette problmatique : la vrit simpose de lextrieur comme une violence, et plusieurs pisodes rvlent seulement par accident les escroqueries : quand arrive trop tt au logis.

La rvlation de lintime conduit la connaissance de soi par la connaissance de lautre, elle dit comment les autres nous vient vraiment.

 Les personnages ne sont gure dlicats, tant ils aiment couter aux portes ou surprendre ce quil ne leur ait pas adress .






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