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Le roman
Présentation
générale
Le roman apparaît vers le XII e siècle. D'abord
récit en vers rédigé en langue commune, romane .(d'où son nom), par opposition,
à la majorité des textes écrits en latin, il relate
les aventures héroïque des chevaliers, leurs combats, leurs prouesses, leurs
amours. Il faudra , attendre le XVI e siècle pour que
le roman, art de la prose, se démarque définitivement de ses origines et prenne
son véritable essor. Il s'imposera alors peu à peu comme le plus répandu (pour
la production et la lecture) le plus diversifié des genres littéraires.
« Un homme, c'est toujours un conteur d'histoires,
il vit entouré de ses histoires et des histoires d'autrui, il voit tout ce qui
lui arrive à travers elles ; et il cherche à vivre sa vie comme s'il la
racontait ». (Sartre).
Ces récits ont plusieurs fonctions dans la
société. L'une d'elles consiste à réaliser en imagination les désirs
impassibles à satisfaire dans la réalité ; l'autre consiste à donner un sens au
réel,-à diffuser une Vision du monde et, avec elle, des
modèles de conduite.
Dans l'Antiquités la distinction entre récit
véridique et récit fictif est confuse, et ne s'inscrit pas toujours dans des
genres littéraires définis. Elle ne devient rigoureuse qu'à la fin du Moyen
Age, quand l'Histoire, récit de faits mémorables, s'oppose à
la Fable, récit de faits imaginaires. Le roman, qui se
constitue sous sa forme moderne à cette époque, est un genre ambigu : il se
distingue de l'Histoire parce qu'il relate des faits imaginaires, et de la
Fable parce qu'il prétend exprimer une certaine vérité, distincte de
l'exactitude historique, et qu'on a appelée vraisemblance ou
vérité artistique : « Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable »
(Boileau) ; « (Je vois une) différence entre la Vérité de l'art et le Vrai du
fait» ; «La vérité dont (le romancier) doit se nourrir est la vérité
d'observation sur la nature humaine et non de l'authenticité du fait » (Vigny).
Les récits mythiques, les légendes des dieux et
des héros, les vies des saints, offraient surtout des règles et des modèles de
conduite. C'est toujours le cas, implicitement, du roman, qui véhicule une
philosophie ou une vision du monde. C'est pourquoi, en réalité, dans un récit, la chronologie est au service
d'une logique (voir plus loin), contrairement à l'Histoire traditionnelle où
c'est la chronologie qui domine l'ordre du récit.
Le roman est ainsi organisé en fonction d'une
leçon à tirer, ou du souci de distraire le lecteur,
ou de l'appel à ses facultés esthétiques, et non pour montrer
simplement le déroulement d'événements sur le mode explicatif.
Pour une typologie des romans
C'est une entreprise difficile; te roman intègre en effet un nombre élevé
d'éléments divers: action, aventures, personnages, tableau social, paysages,
idées, etc. C'est un genre extrêmement souple, qui présente une grande variété
de types : aucun classement ne peut en rendre compte. Voici cependant-quelques
indications susceptibles de vous aider; elles se fondent sur l'importance
relative accordée aux différents éléments et sur les Intentions des auteurs,
qui répondent en général. à une demande du public. Bien entendu, les grands
auteurs ne se conforment que rarement à un type donné, car leurs intentions
sont complexes, souvent implicites, et ils ne cherchent pas à répondre à la
demande du public ;c'est pourquoi les grandes oeuvres n'ont pas toujours un
succès immédiat-: elles surprennent en s'écartant des modèles attendus. C'est
dans l'avenir qu'elles prennent toute leur place.
le roman est orienté
surtout vers le monde extérieur
· II vise simplement à distraire le lecteur par le récit
d'aventures, d'amours, de batailles, etc. Les péripéties, le spectacle prennent
alors la première Place, le romancier cherchant à créer le A??suspens
(anglais "suspense"),
c'est-à-dire une attente chez le lecteur
(voir plus loin). On peut inclure dans ce type :
· le roman d'aventures : Alexandre
Dumas, Fenimore Cooper
· le roman policier : Agatha Christie, Dashiel Hammet
· le roman sentimental : Guy des Cars, la collection Harlequin.
Ces différents types peuvent présenter toutes sortes de variantes : Jules Verne
cherche à la fois à distraire le lecteur en l'entraînant dans des récits de
voyages extraordinaires, et à l'instruire, par un réel effort de vulgarisation
scientifique ; Georges Simenon élargit considérablement le champ du roman
policier.
Le type romanesque visant à distraire par le récit pourrait être considéré
comme. le type fondamental du roman ; il caractérise aussi bien les
chefs-d'oeuvre A??de la littérature mondiale (par exemple Les Misérables de
Victor Wugo) que les plus élémentaires romans-photos ou feuilletons de
«littérature populaire», ou que les grandes épopées (Iliade, Odyssée; Antar)
qui sont les ancêtres du roman. Sur cette base solide du récit (qui n'a été
mis en cause que rarement par quelques écrivains), le roman peut viser d'autres
buts.
· Par exemple, II décrit une société
La description est, ou se veut, «réaliste» : elle montre ou prétend montrer
la société telle qu'elle est, sans en tirer de conséquence. Mais, le plus
souvent, ces romans débouchent sur la critique sociale, sur une leçon morale,
etc.
Relèvent de ce type :
· le roman
social
- Balzac, La comédie humaine (partiellement du moins) - Zola, Les
Rougon-Macquart - Neguib Mahfoud, prix Nobel de littérature 1989
· le roman de moeurs, plus limité (à un milieu, à une couche sociale)
· le roman
à thèse, qui défend, explicitement ou
non, une théorie, une idée (on l'appelait naguère le roman «engagé»).
· Le. roman -peut aussi viser
principalement la reconstitution d'une époque révolue;
en s'appuyant sur les données de l'Histoire. Si le cadre historique n'est
pas seulement un moyen d'accroître l'intérêt des aventures racontées en
dépaysant le lecteur (ce n'est pas toujours facile à décider : Alexandre Dumas
considérait ses ouvrages comme historiques), on parlera de roman historique
- Walter Scott (Ivanhoë, Quentin
Durward) - Alfred de Vigny (Cinq-Mars) - Aragon (La Semaine
Sainte)
· Le roman se situe parfois dans un autre monde que le nôtre; c'est
alors soit une variante du roman d'aventures; soit un récit quA??i permet une
critique souvent très dure de la société, ou qui présente le modèle d'une
société meilleure. On le nommera
roman d'anticipation, ou de science-fiction (cette
dernière dénomination vient de l'américain, et on ne l'emploie que pour des romans
récents).
On peut considérer comme ancêtres des romans de science-fiction ou
d'anticipation des oeuvres telles que: le Critias de Platon, les très
nombreuses utopies, les Voyages de Gulliver de Swift. . Le roman fantastique
en diffère. II situe l'action, de manière inquiétante, à la charnière du monde
quotidien et d'un autre monde ; son objectif peut être de distraire, mais
aussi, parfois, d'exprimer ou d'illustrer une réflexion philosophique.
Le roman peut être
plus particulièrement tourné vers l'intérieur
PouA??r abandonner le récit, il vise alors l'analyse psychologique
: il 'agit de mettre en scène la complexité et la variété des sentiments
humains, la puissance des passions, et de pénétrer dans les profondeurs de
l'âme grâce à la précision et à la force des notations du romancier, qui fait
connaître ses personnages et leurs réactions de l'intérieur autant ou plus que
par les apparences extérieures et les actions. Le récit peut même se confondre
avec les mouvements de la pensée d'un personnage : c'est le cas de ce que l'on
nomme le monologue intérieur.
* roman d'analyse : Stendhal : Le rouge et le noir
François Mauriac: Thérèse Desqueyroux
Georges Bernanos : Sous le soleil de Satan
* monologue intérieur: James Joyce : Ulysse
Les formes du roman
Les formes prises par le roman
sont également très nombreuses. On distinguera
* le roman dans lequel l'histoire apparait sans narrateur
interne : c'est le cas le plus répandu, celui qui semble le mieux
adapté au roman tourné vers l'extérieur;
* le roman autobiographique (un
narrateur interne raconte sa vie, ses souvenirs ; dans ce cas, le roman prend
parfois la forme de mémoires (masculin pluriel), de chronique,
de journal intime, de confession ;
· le roman épistolaire, ou roman
par lettres, formé de lettres échangées fictivement par des personnages.
Ces formes se mêlent parfois dans un même roman,
et d'autres possibilités existent: utilisation de documents fictifs ou réels
(articles de journaux, plaidoiries d'avocats, dossiers médicaux ou policiers),
dialogues suivis comme au théâtre, etc.
Il convient de distinguer du roman
* la nouvelle,
dont les caractéristiques sont la brièveté et l'unité : en général, une seule
action, un seul personnage principal ;
* le conte, récit d'actions qui sont le plus souvent
présentées comme merveilleuses, imaginaires - ou réelles mais symboliques;
le conte n'est donc pas, d'ordinaire, un tableau réaliste du monde que nous
connaissons; mais il peut en être une caricature (les Contes de Voltaire).
Répétons-le, les artistes jouissent de nos jours
d'une grande liberté d'utilisation de ces types et de ces formes, qui font que
tout classement n'a qu'une valeur indicative ; néanmoins, le classement donné
ci-dessus fournit une base à la réflexion.
Les principales composantes
du roman
Le roman est donc un récit, assez
long, en prose ; il varie par les faits qu'il raconte, la
manière dont il les raconte, ou le rapport à la fiction qu'il met en place. Ce
récit se compose-essenteilement de deux éléments :
- L'enchaînement des faits racontés forme une histoire,
qu'on appellera aussi fiction dans la mesure où les faits qui la composent sont
imaginaires (même lorsqu'ils se donnent pour réels]
- La narration désigne les moyens
utilisés far l'auteur pour raconter cette histoire.
II existe mille et une. manières de raconter une histoire. On se limiteraici à
quelques points.
Auteur et narrateur
L'auteur d'un roman est la personne, dont le
nom est écrit sur la couverture. Il reste extérieur à l'univers de la fiction. On
appelle donc narrateur celui qui raconte
l'histoire: il fait partie intégrante de la fiction, puisqu'il en assume la
narration. Le narrateur peut être apparent : il s'agit alors d'un personnage du
roman, qui peut jouer un rôle dans l'histoire qu'il raconte, ou en avoir été
témoin. II peut également rester invisible, l'histoire racontée semblant alors
n'émaner de nulle part.
Que le roman soit à la première ou à la troisième personne, le narrateur est en
quelque sorte le «je», manifeste ou caché, qui dit l'histoire.
L'auteur a écrit le roman, le narrateur y parle,
montre l'action, selon des points de vue variables. En effet, l'histoire qui
constitue le roman est toujours racontée d'un certain point de vue, qui
détermine la manière dont sont présentés les décors, les personnages, leurs
pensées et leurs actes. Ce point de vue définit ce qu'on appelle la
focalisation. On distinguera trois sortes de focalisation
· La focalisation zéro : elle exprime le point de vue d'un narrateur omniscient,
connaissant tout de l'histoire et de la situation des personnages, capable de
nous introduire dans leurs pensées. Si l'on parle de focalisation zéro, c'est
que le point de vue ne correspond ici à aucune position particulière, ne se
limite à aucune perspective exclusive, le narrateur jouissant de tous les
privilèges d'une connaissance dont il joue à sa guise.
· La focalisation. interne: le narrateur adopte le point de vue de l'un des
personnages (il arrive que ce personnage-narrateur s'exprime à la première
personne), et distribue l'information en fonction de ce que voit, sait, pense
ledit personnage. Le lecteur est introduit dans une conscience et adopte la
perspective de son regard.
· La focalisation externe : elle correspond à ce qu'on pourrait appeler une attitude
strictement objective. Le narrateur se borne à montrer l'action ou le
comportement des personnages; aucun commentaire ou interprétation ne vient
orienter la perception de ce qu'on présente.
Le romancier joue le plus souvent de toutes les
ressources de la focalisation ; il est rare qu'il s'en tienne à un seul type.
II sera donc intéressant, en lisant un roman, de s'interroger sur les points de
vue adoptés dans la narration. Par qui l'événement est-il
perçu ? Par qui tel personnage est-il appréhendé ? Comment,
et pourquoi ? Cette mise en perspective particulière qu'opère
le point de vue se marque clairement dans la description.
II n'y a pas de roman sans une évocation souvent
détaillée du monde et des personnages. Sans ces descriptions, l'action n'aurait
guère de consistance. La description peut rompre le récit. Elle prend parfois
la forme d'une pause, le narrateur s'interrompant pour donner au lecteur des
informations. Elle peut aussi, en cas de focalisation interne, apparaître comme
la vision d'un personnage, et maintenir une continuité avec la représentation
de l'action. Quoi qu'il en soit, la description n'est jamais inutile ni
gratuite. Elle permet en quelque sorte de fonder la narration et d'en orienter
le cours. Elle fournit des éléments d'explication qui justifient souvent le
comportement des personnages (portraits, décors), ou donne à
l'action un retentissement symbolique.
Le temps par excellence de la narration est le
passé simple. La succession des passés simples exprime la succession des faits
(actions ou états). L'imparfait est par excellence le temps de la répétition et
de la description, toile de fond de la narration.
l'espace
Le roman situe l'action et les personnages
dans un décor et un espace imaginaires, même quand les lieux décrits ou
cités sont réels. Le choix de l'espace n'est jamais gratuit: il répond
à un dessein de l'auteur, à la logique de son récit, il permet de tracer des
itinéraires symboliques: voyage, exil, enracinement, sédentarité. II .permet d'opposer
des lieux différents en fonction des besoins du récit : par exemple, lieux
clos (intérieurs, chambres) et lieux ouverts
(extérieurs, paysages naturels). Il convient de prêter attention aux
descriptions : elles contribuent à la construction du sens du texte.
Le temps
II convient de bien distinguer
* le temps de la fiction, c'est-à-dire de l'histoire racontée,
* le temps de la narration, c'est-à-dire le temps mis pour raconter l'histoire
(et pour la lire)
Ces deux temporalités ne coïncident pas : il y a décalage entre les deux ordres
chronologiques. On ne met pas un an pour lire une histoire qui se déroule en un
an ! Le roman peut comporter des ruptures temporelles de toute sorte: le
romancier est maître du temps de l'histoire, Il l'est moins de celui de la
narration, car la dimension du roman n'est variable que dans des limites
étroites. on imagine mal un roman de cent mille pages, et dont la lecture
prendrait plusieurs années.
Un moyen de contourner cet obstacle est d'écrire un
cycle de romans avec retour de personnages (Balzac, La comédie humaine). Imaginez,
à l'inverse, un roman qu'on lirait en quelques secondes ! Le roman n'est donc
pas soumis à la chronologie de l'histoire ; cependant, il permet d'ordinaire de
la reconstituer.
Comment situer les faits dans le temps:
* On peut les dater selon le système habituel (".le 15 septembre
1840"), ou par rapport à un événement historique connu («pendant la
Révolution française»).
* On peut les situer les uns par rapport aux autres («deux jours plus tard») ;
* On peut utiliser des signes extérieurs qui marquent le cours du temps :
fêtes, travaux périodiques, saisons.
Le rythme du récit:
Comme on l'a dit, la narration utilise des ruptures temporelles, dont voici les
principales :
* le retour en arrière, ou rétrospective, qui
consiste à interrompre le récit pour rapporter un fait antérieur ;
* l'anticipation, moins fréquente, qui interrompt le récit
pour rapporter un fait postérieur ;
* l'ellipse, qui tait des faits, importants ou non, que le narrateur
veut amener le lecteur à imaginer lui-même.
Ces ruptures obéissent aux desseins de l'auteur et à la logique de son récit.
· Les variations du rythme du récit
L'ellipse permet aussi de faire varier le rythme du récit : un romancier peut
raconter en quelques lignes un fait qui a duré plusieurs années, et consacrer
plusieurs centaines de pages à quelques heures de la vie d'un personnage. On
aura donc une idée du rythme du récit en comparant le temps de la narration (et
de la lecture) au temps de l'histoire racontée. Certains théoriciens opposent
d'ailleurs les scènes, qui racontent, aux sommaires, qui résument.
Le moment de l'histoire et celui de la narration
Un narrateur peut jouer sur la distance qui sépare l'histoire de la narration:
· en racontant des faits passés
· en racontant les faits au fur et à mesure de leur déroulement (journal
intime).
Le narrateur peut intervenir dans le récit par des commentaires (les
intrusions) ou ne pas intervenir directement. Dans ce cas, les faits
parlent d'eux-mêmes sans que le narrateur guide explicitement le lecteur (récit
au passé simple, à l'imparfait et à la troisième personne).
Les personnages et la structure narrative
Comme dans les premières fictions (mythes, épopées), les personnages jouent le
rôle capital ; c'est à eux, à leur destinée fictive, que le lecteur
s'intéresse. Les rapports entre les personnages présentent plus d'importance
que leurs caractéristiques individuelles; ou plutôt celles-ci dépendent de
leurs rapports: on évitera donc d'isoler un personnage romanesque de l'ensemble
du récit. Les rapports des personnages et leur évolution, qui forment
l'essentiel du récit, obéissent peut-être à des lois générales ; les
spécialistes ont tenté de les définir. Mais ces tentatives, qui rendent compte
des formes les plus simples de récit, rencontrent des difficultés considérables
quand il s'agit de romans, oeuvres complexes, où l'écrivain s'écarte de toute
formule élémentaire pour mieux accomplir son dessein.
Néanmoins, on peut dire qu'un récit commence le plus souvent par une situation
d'équilibre : cet équilibre est rompu par le développement du récit;
chez le lecteur se crée alors une attente; comblée le plus
souvent par le dénouement, où s'installe généralement un
nouvel équilibre, différent du premier.
Attention : il ne s'agit là que d'un schéma, dont
l'application aux oeuvres exige beaucoup de discernement. II convient d'ajouter
que des romans, et surtout des romans récents, échappent ou essaient d'échapper
à ces principes. Le roman moderne tend parfois à mettre en question la notion
de personnage : le personnage, qui suppose une conception claire et tranchée de
ce que l'on appelle le moi, se dissout, dans certaines
oeuvres, où l'on reconnaît l'influence de sciences ou d'idéologies modernes, en
particulier de la psychanalyse, pour laquelle le moi est pour l'essentiel du
domaine de l'inconscient ; difficile à cerner, donc à dessiner précisément.
Conseils pratiques
pour l'étude d'un roman
Les
préliminaires
Le texte peut être précédé par une dédicace
(hommage rendu par l'auteur à une personnalité, ou à une personne, à qui il
offre en quelque sorte son oeuvres : l'identité de ce destinataire n'est pas à
négliger) ou par une citation (une épigraphe) que l'auteur a
voulu privilégier, de manière à orienter la lecture.
Avant le roman, proprement dit, peuvent aussi se trouver une Préface,
un Avant-Propos, un Avertissement émanant,
directement ou non, de l'auteur. Ces éléments font partie de l'oeuvre,
L'écrivain y précise ses intentions, sa conception du roman, son esthétique,
les circonstances de la rédaction. Il en va de même pour la postface,
qui se situe après le texte principal.
Il est d'usage, dans les éditions modernes, de demander à un autre écrivain, à
un universitaire, à un critique, de rédiger également une préface. Ces textes
ne font pas partie de l'oeuvre, mais ils aident à la lire.
Le titre est un élément capital du roman, et les écrivains
hésitent souvent longtemps sur son choix. Il est souvent à lui seul un contrat
de lecture ; il peut proposer un condensé du roman, comporter le nom
du (ou des) personnage
principal (on parlera alors de héros éponyme). Souvent il
donne aussi le ton de l'oeuvre, la «petite musique» qui lui est propre. Il
conviendra de s'interroger à son propos : est-il bien choisi ? Pourquoi ?
Cherche-t-il à refléter intégralement l'oeuvre, ou attire-t-il l'attention sur
tel ou tel élément ? Lequel ? Comment ? Eclaire-t-il l'oeuvre, ou égare-t-il le
lecteur ? Est-il suivi d'un sous-titre ? Quelle relation établir entre le titre
et le sous-titre ?
La division du roman en parties, chapitres
Elle rythmera la lecture, et vous aidera à dessiner une sorte d'architecture du
roman. Dresser un plan rapide de l'oeuvre, en faire un résumé permet souvent de
mieux la comprendre : la division en parties ou chapitres marque les grandes
étapes du récit.
Un lieu stratégique : le début du roman ou incipit
Il convient d'étudier attentivement l'incipit, les premières lignes d'une
oeuvres, en particulier d'une oeuvre romanesque. En effet
· L'incipit peut impliquer directement le lecteur dans la fiction, à laquelle
le narrateur cherche à donner la consistance et le poids de la réalité. Pour
cela, il précise les temps, les lieux, il se fait historien, géographe,
sociologue, mais de manière fictive.
Le lecteur se trouve plongé dans l'action, face à des personnages dont
l'identité, la psychologie sont expliquées. Le personnage donne alors
l'illusion d'être une personne réelle, définie, dont. les réactions sont
prévisibles en fonction de son caractère. Dans ce type de début, le narrateur
apparaît comme fondateur de sens. L'incipit peut aussi être l'occasion d'un
premier jeu sur la temporalité, par des rétrospectives ou des anticipations.
· Dans beaucoup de romans, le narrateur ne se
dissimule pas derrière le récit, mais se révèle par de nombreuses interventions
: il explique et commente. Cette caractéristique, plus fréquente dans les
romans modernes, peut aller jusqu'à la mise en question de la fiction : le
narrateur, au lieu de faire comme s'il racontait une histoire vraie, construit
le récit sous les yeux du lecteur, créant ainsi un effet de "distanciation"
(voir le chapitra du théâtre). Cette mise en question - on a dit ce «soupçon» -
touche, aussi les personnages, qui perdent leur identité, et qu'on a parfois peine
à reconnaître. L'incipit renseigne d'ordinaire tout de suite sur le parti qu'a
choisi l'auteur: les temps sont ceux du récit (passé simple, imparfait) ou ceux
du discours (passé composé, imparfait, présent). D'autre part, l'incipit est le
lieu où, souvent, l'équilibre initial commence à se dessiner, et, quelquefois,à
sa rompre.
· On nomme parfois explicit la fin
du roman qui marque généralement le dénouement et établit un nouvel équilibre.
Mais le roman, surtout le roman moderne, ne respecte pas toujours cette
convention, et l'explicit peut fort bien ne pas apporter de conclusion au
récit.
Les personnages
II s'agit, bien sûr, d'une autre composante fondamentale de la plupart des
romans. Une lecture; même superficielle, permet de distinguer d'emblée le ou
les protagonistes, des personnages secondaires et de simples figurants. Mais
cette première approche ne suffit pas. Il est conseillé, pour mieux comprendre
les protagonistes, mais aussi pour se familiariser avec certains seconds rôles
qui peuvent influencer fortement l'intrigue, d'établir une fiche signalétique.
Vous essaierez d'y décrire le personnage par rubriques: âge, milieu social,
caractère, objectifs, motivations, évolution, et surtout relations avec les
autres personnages.
Attention! un personnage de roman n'est pas nécessairement un « héros
positif » doté de toutes les qualités ; il peut aussi se révéler un
personnage médiocre, banal, voire un « anti-héros »
le style.
La caractéristique première d'un grand écrivain, c'est son style, qui
particularise l'oeuvre, et en fait quelque chose d'unique. II y a donc autant
de styles que d'écrivains: Il est toutefois
assez facile de qualifier le style d'un auteur à l'aide de quelques remarques
simples. Vous pourrez par exemple prêter attention à la longueur, au rythme et
à la musicalité des phrases, à la nature du vocabulaire employé, aux registres
de langue utilisés (soutenu, courant, familier, argotique). La mise en
page,(texte découpé en paragraphes plus ou moins longs), la fréquence et le
rôle des descriptions, des dialogues, des interventions d'auteur sont autant
d'éléments importants. L'auteur a-t-il souvent recours à des images, des
comparaisons ? Se laisse-t-il emporter par un certain lyrisme, ou au contraire
vise-t-il une écriture neutre ? Trouve-t-on des traces d'humour, d'ironie ? La
tonalité particulière d'un passage est en effet directement liée au style de
l'auteur. Vous devez être en mesure de qualifier rapidement le ton d'un texte,
en distinguant
· le ton comique, susceptible de nombreuses variations: humour, fantaisie
verbale, jeux de mots, parodie, ironie ;
· le ton pathétique : cherchant à émouvoir le lecteur, à l'aide par exemple,
d'un vocabulaire expressif (celui des sentiments, de la passion, de la douleur);
· le ton lyrique : manifestant, par le rythme et le vocabulaire, l'exaltation qui peut accompagner l'expression
des sentiments personnels;
· le tan épique: propre à l'évocation des actions héroïques accomplies par
des personnages extraordinaires ;
· le ton tragique :visant à rendre le lecteur sensible à l'impuissance du
héros soumis à un destin contraire et supérieur à sa volonté.
L'appartenance éventuelle à une «école littéraire» (par exemple au XIX e siècle
le romantisme, le réalisme, le naturalisme; au XX e siècle le «nouveau roman»),
l'influence d'une esthétique particulière (baroque ; classicisme) ou le type
même du roman ne sont pas sans effet sur le style de l'écrivain. Fiez-vous pour
cela à la préface et aux indications du professeur.
· Les jeux de
miroir du réel et de la fiction
Un roman, comme un film, est une oeuvre de fiction. Pourtant cette fiction
n'est pas sans rapport avec ce qu'on appelle le réel : mais la référence
(fictive) au réel varie selon les oeuvres. Prépondérante pour un écrivain
réaliste ou naturaliste, capitale dans le cas d'un roman historique ou
autobiographique, elle comptera moins là où le récit s'affichera plus
clairement comme fiction. Stendhal, l'un des plus célèbres romanciers français
du XIX e siècle, proposait cette définition : «Un roman : c'est un miroir qu'on
promène le long d'un chemin» (Le Rouge et le noir, chap.13). Au
contraire, Boris Vian (XX e siècle) écrit, non sans humour, dans sa préface à l'écume
des jours : «L'histoire est entièrement vraie, puisque je l'ai imaginée
:d'un bout à l'autre». Sans doute ces deux éléments se mêlent-ils dans la
composition d'un roman ; l'étude de l'oeuvre vous amènera à vous interroger sur
la part de l'un et de l'autre, ou, mieux encore, à concevoir que cette
opposition n'est peut-être pas aussi tranchée qu'on le dit.
la biographie de
l'écrivain
II est recommandé de la consulter à l'occasion de la lecture. Un auteur du XVI
e siècle n'écrit pas comme nos contemporains. Ils n'ont pas la même vision du
monde, la langue a évolué, et la conception du roman aussi. Sauf dans certains
cas particuliers (roman autobiographique), on admet que la connaissance de la
vie de l'écrivain ne peut pas fonder l'explication de l'oeuvre ; elle pourra
néanmoins vous renseigner sur ses motivations, les circonstances de rédaction
et de publication.
La lecture hors classe
et le plaisir du texte
Il reste à vous souhaiter bonne lecture, en insistant sur le fait que ce «
travail », pour être fécond, doit s'accompagner d'une grande part de plaisir.
Telles sont du moins les intentions de tout écrivain digne de ce nom, comme le
note fort à propos Paul Valéry : « Offrir au lecteur l'occasion d'un plaisir
-travail actif - au lieu de lui proposer une jouissance passive ». Plaisir
d'une rencontre avec la beauté, tout d'abord : un roman reste avant tout une
oeuvre d'art. Plaisir de la curiosité, de l'analyse critique, de l'intelligence
en éveil (une bonne lecture est une sorte d'enquête, elle suppose de la
vigilance, comme on a essayé de le montrer dans les pages précédentes). Mais
aussi, tout simplement, plaisir d'une confrontation, d'un dialogue avec autrui,
et d'une évasion dans l'imaginaire par l'identification avec un personnage, la
découverte d'autres «moi» et d'autres mondes ! Le roman est tout cela, et 1a
lecture une dynamique animant ce tout. Elle reste donc une affaire de rythme. A
vous de trouver ce rythme qui vous mettra en accord avec le texte sans vous
laisser arrêter par tel détail dont vous ignorez la signification. Vous pourrez
la plupart du temps, en vous appuyant sur le contexte de la phrase ou du
paragraphe, déduire vous-même le sens de ce détail. C'est en effet la phrase
qui fait sens, et non le mot. L'important, pour vous reste une saisie globale
du roman, d'ailleurs compatible avec une lecture rigoureuse et une analyse
féconde.
II convient de Noter que tout ce qui précède vaut pour les romans qui sont de
véritables oeuvres d'art. Les romans qu'on lit par simple passe-temps, ceux
qu'on appelle les "romans de gare" ou
« les romans de plage », ne valent pas, en général, qu'on leur consacra un
travail d'analyse, et le plaisir qu'ils procurent est beaucoup plus superficiel
que celui que l'on tire des chefs-d'oeuvre. Les moyens utilisés sont cependant
à peu près les mêmes ; mais des outils semblables produisent, là comme
ailleurs, des résultats différents.
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