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Le résumé
Présentation de !'exercice
Le résumé consiste à réduire la longueur d'un
texte en restant fidèle à son contenu. Pour les textes proposés dans les
classes préparatoires, il s'agira le plus souvent de rendre compte de
l'argumentation d'un texte dans ses grandes lignes.
Principes généraux
Le résumé suppose une reformulation à la fois concise et fidèle au contenu du
texte.
Interdit
le montage de citations
les commentaires et jugements personnels
la reconstruction personnelle du texte
les détails superflus
Exigé
une reformulation concise du texte
une parfaite neutralité ;
le résumé demande le respect du point de
vue de l'auteur
la fidélité à la ligne argumentative
la reprise de l'essentiel.
Comment procéder ?
Les lectures:
· Approche externe du texte
On portera attention au titre, qui indique en général le
sujet, à l'auteur et à l'ouvrage d'où est extrait le passage à résumer ; cela
permet souvent de déterminer le genre, le contexte socio-culturel, l'époque de
la rédaction : s'agit-il d'un article de presse ou d'encyclopédie ? d'un essai
philosophique ? d'une préface ? Ce repérage fait, on sera sensible aux caractéristiques
du genre de texte auquel on a affaire ; la lecture proprement dite sera
facilitée.
Typographie : observer la longueur du texte, le nombre des
paragraphes. S'il s'agit d'un texte compact, à l'exemple de celui de R. Guénon,
« Une civilisation matérielle », présenté ci-dessus, d'emblée, chercher à
repérer les grandes articulations internes ; si le texte comprend plusieurs
paragraphes, chercher le lien qui les unit.
Lecture globale du texte
On pourra s'interroger:
- De quoi s'agit-il ? Que veut dire l'auteur ?
La réponse à la première question constitue le « thème », la réponse à la
seconde, la « thèse » ou opinion soutenue par l'auteur. Voici comment, pour le
texte de R. Guénon, on pourrait formuler ces réponses
Thème : Les valeurs dans la société occidentale.
Thèse: La société occidentale, qui prétend imposer son modèle au monde, a perdu
sa vie intérieure sans trouver le bonheur.
Lecture analytique du texte
La lecture analytique permet de repérer les principales idées et opératlons
intellectuelles du texte. Souligner les mots clés, entourer les mots de
liaison qui signalent les grandes articulations. Souvent, la répétition d'une
idée sous diverses formes est l'indice de son importance. Indiquer alors en marge
les opérations intellectuelles (marge de gauche, par exemple), et les grandes
idées formulées schématiquement (marge de droite).
N.B. Pour certains textes très longs, une seule lecture sera
possible ; mais c'est l'exception.
Etude de la structure d'un texte
·" Une définition contemporaine de l'homme cultivé"L.
Leprince-Ringuet (845 mots)
De qui peut-on dire : cet homme est réellement, profondément cultivé ?
Procédons par élimination. Voyons : celui qui a des clartés de tout est-il,
comme on le pensait au dix-septième siècle, le modèle de l'homme cultivé? On ne
peut rien connaître sérieusement à notre époque si l'on n'a que des clartés,
disons plutôt des lueurs, de tout. Il y a trop de champs de connaissance et il
est bien difficile de n'être pas alors purement superficiel. Autrefois, le
champ des données était réduit et une intelligence large pouvait l'embrasser.
Cette étape est largement dépassée : on doit aujourd'hui se spécialiser car la
connaissance est multiple ; la construction d'un gros objet, barrage, réacteur
nucléaire, avion supersonique et même le minuscule transistor qui est en fait
un gros objet par la science et la technique, cette construction est
extraordinairement complexe et exige des équipes formées de spécialistes.
La spécialisation donne la possibilité d'approfondir un domaine, de devenir
parfois, à un moment particulier de sa vie, le meilleur. Il faut avoir résolu
bien des problèmes, lutté passionnément contre les réactions de la mattière ou
des hommes, gagné une partie. C'est manifestement un élément de valeur humaine
: la culture actuelle passe par la spécialisation. Mais non une spécialisation
"jusqu'au boutiste". Il faut l'associer à l'ouverture. La
personnalité se développe et se précise dans une spécialité, mais elle risque,
si cela dure trop longtemps dans la même voie, de voir son horizon se limiter.
De toute façon, l'homme superficiel, qui n'a aucune connaissance profonde par
l'intérieur, est comme une mouche qui zigzague et, finalement, ne produit que
de l'agitation. Il n'est pas cultivé, A l'autre bout, le spécialiste à
oeillères définitives ne l'est pas non plus, c'est manifeste. Faut-il apprendre
beaucoup pour être cultivé ?Pas nécessairement et surtout pas trop. Notre
cerveau ressemble à un immense ordinateur complexe. Ses mémoires se remplissent
par toutes les incitations reçues de l'extérieur. Le grand problème pour
l'enfant et l'homme est précisément de ne pas tout connaître, de garder des
places libres. Surtout ne saturons pas le cerveau. Gardons-nous d'être des dictionnaires
vivants. Il y en a : ils nous étonnent quand ils donnent toutes les réponses
aux questions compliquées, qu'elles soient bleues, vertes ou rouges, de
certains jeux radiophoniques. Les pauvres, ils ne sont pas cultivés, ils sont
saturés.
Pourtant cela trompe. On dit parfois qu'un esprit encyclopédique est cultivé.
Quelle stupidité ! Cet homme, rempli des connaissances que l'on peut trouver
facilement dans les livres, quel caractère, quel esprit de décision, quelle
psychologie, quelle compréhension des hommes et des événements aura-t-il ? Je
n'en sais rien, mais le remplissage de ses mémoires le gênera considérablement
pour sa disponibilité à la réalité.
Ainsi, voici trois exemples de "non-culture": le superficiel,
le spécialiste prolongé, le dictionnaire vivant. Ils se croient cultivés,
exhibent souvent leur savoir avec suffisance et correspondent à une certaine
image déformée de la culture.
Or il est difficile de cerner la notion de culture. Nous sentons bien qu'elle
doit correspondre à un équilibre de l'homme dans la vie moderne, à une
possibilité de s'adapter, d'être heureux; mais quelle attitude prendre ? L'une
des caractéristiques de notre existence est sa complexité. Autrefois, on
pouvait réfléchir et réagir seul. Ce n'est plus possible actuellement. De même
que dans les techniques on ne peut pas construire seul un objet moderne, de
même pour le jugement que nous avons constamment à donner sur les choses, les
événements, les gens, on doit s'associer, avoir des amis en qui on a confiance,
les rencontrer souvent. La culture passe aujourd'hui par un réseau de
personnalités. Tout est si complexe! La situation au Vietnam, la retraite à
soixante ans, l'Irlande, le Moyen-Orient, l'orientation de ses enfants, le
divorce, la peine de mort, l'Europe, sans compter les problèmes de la réflexion
sur sa destinée, de la foi, de l'âme et du corps. Plus le monde bouge, plus
nous avons besoin d'être épaulés. Mais l'action personnelle est aussi
fondamentale. Nous cultiver, c'est, en grande partie, préparer notre esprit à
accueillir la réalité, à ne pas mettre entre nous et ce qui nous entoure et
nous choque a priori une barrière infranchissable : c'est nous former, par une
culture générale, par un développement de l'esprit d'accueil car, attention :
ce n'est pas une question purement intellectuelle, la culture n'est pas
réservée à l"'intelligentzia" (1). On rencontre dans tous les milieux
des gens possédant les éléments d'une véritable culture ; le coeur joue un rôle
éminent dans l'accueil et dans la prudence. Mais qui dit amour associe la
générosité à la sagesse, à la réflexion. C'est cette synthèse entre l'esprit
d'accueil et l'esprit de prudence qui constitue à mon sens, lorsqu'elle est
réussie, la véritable culture. Elle exige une longue formation, une véritable ascèse
intellectuelle et spirituelle.
Louis Leprince-Ringuet, Science et bonheur des hommes, 1973 (p.126 à
131)
(1) Intelligentzia : mot qui désignait, en Russie sous les
tsars, la classe des intellectuels.
«Une définition
contemporaine de l'homme cultivé» (Leprince-RingueT)
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Opérations Intellectuelles
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Idées
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. Présentation du thème de réflexion
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Comment définir
l'homme cultivé?
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. Approche de
définition par élimination
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. Exposé d'une première définition
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Avoir des clartés de tout
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Objection
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Risque de supe rficialité
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Explication par
opposition
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Autrefois: savoir accessible dans
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son ensemble
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Aujourd'hui:
spécialisation nécessaire
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Illustrations
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. Exposé d'fJne seconde définition
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Le spécialiste
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Concession
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Qualités: .
approfondit un
domaine de connaissance . développe volonté et
facultés intellectuelles
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Réserve
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Risque de limitation intellectuelle
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Récapitulation des
définitions
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précédentes:
réfutation
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Deux excès
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- Exposé d'une troisième définition
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Le puits de sciences
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Objection
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Risque de saturation de la mémoire
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Explication
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Manque de disponibilité
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Récapitulation des trois définitions
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condamnées
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. Approche d'une définition personnelle
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Culture:
harmonie de l'homme
avec son milieu
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Justification
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Complexité du monde contemporain
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Nécessité de contacts humains
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Développement de la
définition
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Attitude mentale individuelle requise: ouverture d'esprit,
exigence de qualités de coeur autant que d'esprit
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. Conclusion
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La culture
véritable:
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Condition
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générosité
clairvoyance
Exigence de temps et d'efforts
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Exemple de résumé rédigé
(réduction au '/7e)
«Qu'est-ce qu'un homme cultivé ? Ce n'est pas
un homme informé sur tout car la superficialité le guette dans ce monde
complexe où la spécialisation des connaissances s'étend. Ce n'est pas non plus
un spécialiste, car, si la spécialité suppose des qualités dans le domaine
choisi, elle risque de borner là sa curiosité. Ce n'est pas davantage un puits
de science saturé d'informations, mais peu disponible pour le réel.
La vraie culture, dans le monde moderne si complexe, consiste plutôt à
préserver son adaptabilité ; et c'est avec l'aide d'autrui qu'elle se gagne:
Elle requiert aussi un effort individuel d'écoute qui tient autant des qualités
de coeur que d'intelligence». (121 mots)
· Remarques et conseils pour la rédaction du résumé
· Le compte des mots. La définition du mot est typographique par convention.
Exemple : « c'est-à-dire » = 4 mots 1975 (en chiffres) = 1 mot dix-neuvième
siècle = 3 mots
· La contraction exigée varie du 1/5e au 1/10e avec une tolérance
de +ou- 10 %.
· Toutes les parties du texte ne se contractent pas nécessairement dans la même
proportion. Tenir compte de l'importance de chacune.
· Quels mots et expressions garder ? Dans l'exemple ci-dessus, on a gardé
naturellement les mots clés : « homme cultivé », « culture », « spécialisation
des connaissances». Ne cherchez pas systématiquement des synonymes
quand les mots sont essentiels, mieux vaut les conserver que d'obscurcir le
texte. Ce qui compte, c'est de traduire l'idée du texte : cela suppose une
juste distance par rapport au texte, un équilibre, où seront respectées les
exigences de fidélité et de formulation personnelle.
· Problèmes particuliers
Que faire des exemples, images,
citations, statistiques qui illustrent une idée essentielle ?
Considérer leur utilité et leur importance. Principe : distinguer l'essentiel
et l'accessoire. D'où les recommandations suivantes.
Les exemples
S'ils ne sont pas des digressions, mais
confortent les thèses du texte, deux solutions
- les éliminer lorsqu'ils ne font qu'appuyer une thèse compréhensible par
elle-même (exemples visant uniquement à renforcer un argument, sans apporter
d'idée nouvelle). Ainsi, la série d'exemples du texte de Leprince-Ringuet
(le Vietnam, la retraite à 60 ans, l'Irlande, etc.) est éliminée parce qu'elle
ne fait qu'illustrer l'idée de complexité du monde moderne, déjà exprimée.
- les synthétiser quand ils sont un élément de l'argumentation que le texte
n'explicite pas ailleurs. Une énumération d'exemples apporte une information
globale ? L'énoncer alors en formule générique. Exemple : dans le texte de
Lévi-Strauss résumé ci-dessous, l'énumération soulignée dans le texte («
explorant <...> perfections ») est résumée ainsi : « nombre de techniques
agricoles, médicales et artisanales ».
N.B. : Statistiques et renseignements numériques se traitent
comme les exemples.
Les images, les comparaisons
Elles présentent généralement une illustration concrète d'une idée abstraite.
Le résumé, qui doit énoncer les idées dans un style neutre, se passe
généralement de ces analogies. Exemple : dans le texte de J. de Romilly
cité ci-dessous, la comparaison entre succès scolaire et succès sportif a été
éliminée.
Les citations et, les
statistiques
Quand le texte mentionne ou cite d'autres auteurs : garder l'information et
synthétiser.
Les textes à la première personne
il arrive, rarement, qu'un texte soit écrit à la première personne. Sauf
indication contraire et par convention, employer la troisième personne.
Dans le texte suivant (J. DE
ROMILLY, L'enseignement en détresse, 1984),
des appréciations personnelles se mêlent
aux remarques d'ordre général :
J'ai entendu rappeler à de jeunes bacheliers qu'ils devaient leur succès à la
chance - celle des dons et celle de l'environnement. De telles formules sont
injustes. Certes, il faut, là comme partout, des conditions premières, à
commencer par la santé et par un milieu familial propice, c'est-à-dire qui ait,
non pas de l'argent, mais le respect du travail. De même, il faut avoir la
santé pour jouer au tennis, et des parents qui vous aient donné l'idée du jeu,
et permis de commencer tôt.Pourtant, cela ne suffit pas. Et les petites
écolières, je peux vous le dire, ne sauraient réussir qu'en travaillant.
Elles disparaissent dans le résumé
« II est injuste de considérer la chance (talents innés, soutien de la famille)
comme principale raison du succès scolaire. Les conditions favorables ne
suffisent pas il faut travailler ».
Le texte faussement explicatif
Les textes à résumer sont le plus souvent argumentatifs. Mais parfois l'auteur,
pour étayer son argumentation, rédige des passages apparemment explicatifs ; il
conviendra de les résumer en fonction de la thèse.
* Exemple extrait de Race et histoire de
C.Lévi-Strauss, Denoël,1971.
Que cette histoire cumulative ne soit pas le privilège d'une civilisation ou
d'une période de l'histoire, l'exemple de l'Amérique le montre de manière
convaincante. Cet immense continent voit arriver l'homme, sans doute par petits
groupes de nomades passant le détroit de Behring à la faveur des dernières
glaciations, à une date qui ne saurait être fort antérieure au 20e millénaire.
En vingt ou vingt-cinq mille ans, ces hommes réussissent une des plus
étonnantes démonstrations d'histoire cumulative qui soient au monde explorant
de fond en comble les ressources d'un milieu naturel nouveau, y domestiquant (à
côté de certaines espèces animales) les espèces végétales les plus variées pour
leur nourriture, leurs remèdes et leurs poisons, et - fait inégalé ailleurs -
promouvant des substances vénéneuses comme le manioc au rôle d'aliment de base,
ou d'autres à celui de stimulant ou d'anesthésique ; collectionnant certains
poisons ou stupéfiants en fonction des espèces animales sur lesquelles chacun
d'eux exerce une action élective; poussant enfn certaines industries comme le
tissage, la céramique et le travail des métaux précieux au plus haut point de
perfection. Pour apprécier cette oeuvre immense, il suffit de mesurer la
contribution de l'Amérique aux civilisations de l'Ancien Monde. En premier
lieu, la pomme de terre, le caoutchouc, le tabac et le coca (base de
l'anesthésie moderne) qui, à des titres sans doute divers, constituent quatre
piliers de la culture occidentale ; le maïs et l'arachide qui devaient
révolutionner l'économie africaine avant peut-être de se généraliser dans le
régime alimentaire de l'Europe ; ensuite le cacao; la vanille, la tomate,
l'ananas, le piment, plusieurs espèces de haricots, de cotons et de
cucurbitacées. Enfin le zéro, base de l'arithmétique et, indirectement, des
mathématiques modernes, était connu et utilisé par les Mayas au moins un
demi-millénaire avant sa découverte par les savants indiens de qui l'Europe l'a
reçu par l'intermédiaire des Arabes. Pour cette raison peutêtre leur calendrier
était, à époque égale, plus exact que celui de l'Ancien Monde. La question de
savoir si le régime politique des Incas était socialiste ou totalitaire a déjà
fait coulerbeaucoup d'encre. Il relevaitde toute façon des formules les plus
modernes et était en avance de plusieurs siècles sur les phénomènes européens
du même type. L'attention renouvelée dont le curare a fait récemment l'objet
rappellerait, s'il en était besoin, que les connaissances scientifiques des
indigènes américains, qui s'appliquent à tant de substances végétales
inemployées dans le reste du monde, peuvent encore fournir à celui-ci
d'importantes contributions. (p. 39 - 40)
Examen du texte
Cette page énumère des exemples au service d'une thèse : des peuples, situés
hors du courant civilisateur du vieux continent, particulièrement européen, ont
connu, à certaines époques, une histoire « cumulative », qui témoigne de leurs
progrès.
Indices de l'argumentation Implicite de ce texte apparemment
explicatif:
- La référence à l'histoire de l'Amérique est présentée au début comme un
exemple à l'appui de l'opinion énoncée d'abord.
- On repère au long du texte de nombreux termes laudatifs (les hommes
«réussissent» une des plus «étonnantes» démonstrations d'histoire cumulative)
et intensifs (fait « inégalé» ailleurs, "explorant de fond en
comble", les « espèces les plus variées », les industries "poussées
au plus haut point de perfection ").
- Le jugement de valeur (affirmation sans preuve) affleure constamment cette
civilisation américaine a apporté les « quatre piliers de la culture
occidentale » ; à une certaine époque, elle manifestait une nette avance sur
cette dernière, etc.
Comment le résumer
?
Ne pas se perdre dans les détails de
l'histoire de l'Amérique, mais marquer les étapes de cette apologie:
premier argument: Perfection des techniques
américaines
deuxième argument: Contribution
importante à la civilisation occidentale
troisième argument: Avance
de l'Amérique sur l'ancien monde
Exemple de résumé:
« En marge des modèles habituels de « civilisations du progrès », l'Amérique
précolombienne offre un remarquable exemple d'histoire cumulative : non
seulement les Américains ont découvert et mené â leur perfection nombre de
techniques agricoles, médicales et artisanales, parfois inconnues du vieux
monde, mais encore ils ont permis de constituer les bases de la civilisation
occidentale moderne. Bien plus, à la même époque, l'Amérique précolombienne
manifestait une nette avance sur les pays euro-asiatiques, tant dans le domaine
des sciences abstraites que dans ceux de l'organisation socio-politique et de
la médecine ».
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